Un doigt dans l'oeil. De Kooning, Twombly, Morris

Pirenne, Raphaël
(2006) SIC — n° 1, p. 45-55 (2006)

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  • Pirenne, RaphaëlUCLouvain
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L'histoire de l'art, c'est une évidence, s'est créée à partir d'une théorie du voir et de la vision. De Vasari à Clement Greenberg, un même lieu commun se tisse en filigrane et conditionne au long ces théories de l'art : celui du primat de la vision au détriment des autres sens, notamment du toucher. Le voir aurait ainsi eu sans cesse à voir avec l'intellect et l'intelligence, tout en ayant charge de légitimer, sous son autorité cérébrale et intellectuelle, les beaux-arts. Quant au toucher, il renvoie au contact ou à la contiguïté, mais aussi à la main, et à l'activité manuelle de l'artiste. Que peuvent bien signifier ces dessins à l'aveugle effectués par Willem De Kooning ? Que se passe-t-il quand un artiste comme Cy Twombly décide de dessiner dans la pénombre et l'obscurité ? Que veut nous dire Robert Morris à travers sa série Blind Time Drawings, produite les yeux bandés, en estimant le temps de réalisation de ses dessins, estimant le temps de son aveuglement ? Fermer les yeux, dessiner dans le noir, se bander les yeux, autant de stratégies mises en place pour s'aveugler, pour destituer l'autorité de la vision. Ces trois artistes proposeraient dans leur aveuglement de renverser ce primat de la vision au bénéfice de la tactilité et du toucher, comme pour rendre au dessin l'importance de la main et du corps.
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Citations

Pirenne, R. (2006). Un doigt dans l’oeil. De Kooning, Twombly, Morris. SIC, 1, 45-55. https://hdl.handle.net/2078.5/54088 (Original work published 2006)