(fr) Apocalypse 16:16 est un cas d'école pour toute analyse de l'histoire de la réception. En effet, sa réception comporte plusieurs points de bascule successifs, comme dans toute histoire de réception. Dans l'Apocalypse, comme le texte l'indique clairement, il s'agit d'un nom littéraire hébreu dont l'interprétation n'a pas été facile : de Tyconius aux commentateurs les plus contemporains, Armageddon est compris comme un nom de code dont la clé reste perdue. Ce n'est qu'au XVIe siècle que le nom d'une montagne a été identifié, har Mageddo, la montagne de Magedon, liée à la forteresse de Megiddo dans la plaine de Jezréel. A partir de Joachim de Flore, le lieu de la bataille eschatologique est recherché sur le plan géographique. Ce changement de catégorie lexicale marque une révolution interprétative majeure, car si l'on peut localiser le lieu sur une carte, la guerre qui s'y déroule devient concrète. En vertu de la géographie, ce qui relevait du mythe - et donc du non-temps - devient tangible et s'inscrit dans une temporalité future. D'Alexandre le Minorite à Hal Lindsey, la bataille d'Armageddon devient le miroir de la géopolitique du monde latin et anglo-américain. Cette omniprésence du terme au cours des quarante dernières années a eu un effet paradoxal : son retrait des considérations géographiques. Grâce au mécanisme de l'antonomase, le toponyme tend à couvrir, par synecdoque, tous les événements de la fin des temps. Il devient ainsi le nom propre de la fin des temps.
Burnet, R., & Detal, P.-E. (2023). Armageddon: A History of the Location of the End of Time. Journal of the Bible and Its Reception, 10(2), 1-27. https://hdl.handle.net/2078.5/233745 (Original work published 2023)