Dans ce que Magali Nachtergael appelle le « bricolage photo-texte », il s’agit souvent d’utiliser les photos des autres plutôt que ses propres images. Le stockage et le partage numériques ainsi qu’Internet ont permis, depuis une quinzaine d’années maintenant, le développement d’une pratique de « braconnage iconographique » qui touche aussi les écrivains. Cette communication portera sur le braconnage, la collecte ou le glanage d’images par les écrivains en contexte numérique. Elle montrera en particulier comment les possibilités du numérique augmentent le rôle du hasard dans le glanage iconographique. Elle insistera, enfin, sur la façon dont les procédés de glanage sont racontés et mis en scène par les écrivains. On s’intéressera en particulier à Christine Jeanney, figure pionnière de l’Internet littéraire et auteur phare de Publie.net. Elle fait intervenir les images dans ses nombreux projets d’écriture en contexte numérique, sur ses sites internet, ses blogs, tout ce qu’elle considère comme les « laboratoires » numériques de ses tentatives , comme dans ses livres. On se concentrera notamment sur deux séries de textes, initiées sur blog et devenues deux livres, Fichaises et Todolistes . Dans ce dernier projet, l’auteur demande aux internautes d’envoyer des photographies, qui vont constituer un répertoire dans lequel elle pioche pour son écriture quotidienne. Dans Fichaises, en revanche, l’insertion de l’image est dernière : elle vient clore le processus d’écriture. C’est lorsque le texte est « bouclé », explique-t-elle, qu’il lui faut « trouver / ou fabriquer » une image qu’elle a en tête, occasion de découvrir « la magie de la sérendipité ». L’exemple de Christine Jeanney permettra de réfléchir à la photolittérature en contexte numérique et notamment à la façon dont l’image permet d’ouvrir un texte, au moment de l’écriture comme à celui de la lecture. On utilisera ses propres commentaires et des extraits d’entretiens comme celui-ci : « l’image c’est la vision de quelqu’un, donc non-neutre, mais je crois qu’une fois l’image entrée en œil et en cerveau, elle se modifie avec notre regard. Le prisme de celui qui l’a créée s’ajoute au prisme de celui qui la reçoit, comme des couches de sens latents qui se superposeraient ».
Reverseau, A. (2017). Glanage d’images et écriture en contexte numérique : Christine Jeanney et ‘la magie de la sérendipité’. colloque INPUT PICTURA POESIS (Gilles Bonnet et Jérôme Thélot dir.), Université de Lyon, France. https://hdl.handle.net/2078.5/127028