Il y a bien longtemps que nous devons faire face à des menaces sur notre environnement et à l’épuisement de ressources naturelles. Au point qu’elles apparaissent même comme des facteurs déterminants dans le déclin de certaines civilisations. Une des explications de la disparition de la culture des îles de Pâques renvoie ainsi à la surexploitation des ressources. Et la pollution par le plomb, très ancienne, aurait contribué à précipiter le déclin de Rome. Malgré les avancées technologiques, nous restons très dépendants de notre environnement et des ressources naturelles. Et même si l’ampleur et la nature des problèmes ont évolué avec le temps, il n’en reste pas moins surprenant de constater combien nos théories philosophiques de la justice restent relativement démunies pour traiter des questions normatives qui y ont sont liées. L’accent sur le long terme, l’idée de pollution ou la question des externalités posent des défis singuliers à nos tentatives d’articuler des règles justes de comportement individuel et d’organisation sociale. Dans le même temps, le débat politique et scientifique fait constamment émerger de nouveaux concepts, tels que « développement durable », « dette écologique », « décroissance » ou « empreinte écologique ». Ils constituent autant d’invitations à repenser à nouveaux frais la nature des enjeux normatifs. Pour ce faire, ils doivent être retraduits à chaque fois dans le langage propre à chacune des théories de la justice. Sans cela, impossible d’articuler les questions d’environnement et de ressources naturelles avec le reste des défis sociétaux auxquels nous devons simultanément faire face.
Gosseries, A. (2008). Les théories de la justice intergénérationnelle. Synopsis à l’usage des durabilistes pressés. Raison Publique, 8, 7-29. https://hdl.handle.net/2078.5/98111 (Original work published 2008)