Il me faut avant toute chose préciser la question à travers laquelle s’est construite cette proposition de relecture du chapitre treizième du Tractatus theologico-politicus de Spinoza. Elle se situe dans un projet plus large visant à clarifier la généalogie du biopouvoir contemporain proposée par le philosophe italien Giorgio Agamben . Cette généalogie me semble interpellante dans la mesure où elle donne à l’interprétation du « théologico-politique » une place prépondérante y compris dans les structures sécularisées et postmodernes de la politique qui sont les nôtres. La thèse fondamentale avancée par Giorgio Agamben est que l’ordre sociopolitique contemporain s’est structuré selon un modèle de gouvernement bipolaire correspondant à la séparation économique de la révélation générale et de la révélation spéciale ou de la providence ordinaire et de la providence extraordinaire dans la théologie trinitaire depuis la fixation de cette doctrine chrétienne entre le IIe et le IVe siècle . Ce serait donc à la faveur de ce schéma du gouvernement divin du monde – schéma théologico-politique puisqu’il explique comment Dieu administre concrètement le Salut du monde en général – que ce serait construite la doctrine politique de la souveraineté monarchique, puis républicaine et démocratique, en maintenant une séparation providentielle entre l’action et l’être, ou entre l’administration des populations et la sphère de subsistance des individus.
Maesschalck, M. (2014). Ratio regnum veritatis et sapientiæ, Theologia autem pietatis et obedientiæ lecture du chapitre XII du TTP. In Landenne Quentin et Storme Tristan (ed.), L’actualité du Tractus de Spinoza et la question théologico-politique (p. pp. 105-119). Editions de l’université de Bruxelles. https://hdl.handle.net/2078.5/194532