Qu’il s’agisse de Réadaptation ou de soins infirmiers, l’initié comme le profane se trouvent confrontés à deux domaines en pleine évolution, sources d’innombrables interrogations, parfois d’incompréhensions, mais aussi de prolongements et de réalisations.<BR> La Réadaptation acquiert, petit à petit, ses lettres de noblesse dans un monde médical dont la préoccupation majeure a longtemps été caractérisée par les soins aigus. Aujourd’hui, au-delà d’une démographie qui ne surprend plus personne, un certain nombre de professionnels de la santé se veulent interpellés par les conséquences de la technologie, de la vie moderne, de la performance des sciences médicales… et, de ce fait, par ce nombre croissant de personnes humaines qu’une affection quelle qu’elle soit à rendu – ou rend progressivement – momentanément ou durablement différents. <BR> Pour l’équipe pluridisciplinaire dont l’appellation, bien que galvaudée, signe une des caractéristiques majeures du travail de Réadaptation, la gestion de cette différence devient l’enjeu essentiel. Cette gestion, inéluctablement tournée vers les potentialités des individus même s’ils apparaissent particulièrement démunis -, suppose un comportement individuel empreint de sollicitude, d’espérance, de dialogue, d’ouverture, de compréhension de la souffrance … Tous ces termes, à la connotation résolument humaniste, expriment des conditions nécessaires mais non suffisantes à un exercice véritablement professionnel dans ce secteur d’activités. Ils doivent s’accompagner d’une démarche d’analyse rigoureuse, ainsi que d’une reconnaissance de la complémentarité et de la contribution thérapeutique de chacun des intervenants. Pour rencontrer les exigences de la Réadaptation, les professionnels qui y exercent se doivent, ainsi, de conjuguer constamment trois axes dont aucun, ) aucun moment, ne peut être minimisé, soit : <BR> - leur comportement individuel ; <BR> - la rigueur de l’analyse et des actions subséquentes ; <BR> - la reconnaissance et la complémentarité de tous les intervenants. <BR> Parmi ces intervenants, un sous-ensemble numériquement important est constitué par les prestataires de soins infirmiers. <BR> La profession infirmière connait une crise d’identité profonde généralisée, qui se caractérise, aujourd’hui, par une pénurie mondiale en personnel qualifié. Au sein de l’équipe de Réadaptation, l’infirmier(ère) est rarement considéré€ comme véritable « réadaptateur ». La dimension thérapeutique de sa contribution n’est souvent que peu connue ou mal perçue et ce, tant chez le personnel infirmier lui-même que chez ses différents partenianres professionnels et dans le public. <BR> Ce constat, conforté tant par le contenu de la littérature que par notre expérience personnelles, n’autorise aucun jugement de valeur et ne permet pas de désigner du doigt tel ou tel responsable. Il invite à la réflexion et signe l’étendue du champ à cultiver. Pour assurer, dans la pérennité, une moisson fructueuse, on ne peut se contenter de remèdes circonstanciels. En effet, méconnaître - voire ignorer – la contribution d’un seul groupe d’acteurs au processus de Réadaptation, c’est jeter une ombre supplémentaire sur un tableau qui mérite, bien souvent, le qualificatif de « obscur » et au centre duquel le patient et ses proches occupent une place que nous n’osons qualifier de choix. C’est parce que nous devons être préoccupés par la qualité du processus de Réadaptation que chacun des sous-ensemble de l’équipe pluridisciplinaire doit œuvrer pour être reconnu dans sa contribution spécifique et doit, également, s’intéresser au contenu de la contribution des autres afin de réellement les reconnaître. La Réadaptation est faite de mille et uns détails, parfois sophistiqués, très souvent anodins, non-spectaculaires. Chacun de ces détails peut avoir son importance pour l’individu à traiter ainsi que pour ses proches. Ces détails sont indépendants du niveau de qualification des intervenants qui, chacun indistinctement et individuellement, représentent potentiellement des vecteurs de progression vers plus de bien-être. La cohérence doit néanmoins être assurée et suppose une démarche de conceptualisation. Celle-ci doit permettre de clarifier l’ensemble, la Réadaptation. Elle doit également apporter un éclairage précis sur chacun des sous-groupes d’acteurs et ce, pour eux-mêmes comme pour leurs relations avec les autres catégories de prestataires. <BR> Ainsi, la présente thèse de doctorat en santé publique peut-elle être assimilée à une entreprise de clarifications. Elle tentera d’apporter aux lecteurs une réponse aux questions suivantes : <BR> - qu’est-ce que la R2adaptation ? <BR> - est-ce une discipline scientifique, autonome ? <BR> - quelle y est la place et quelle y est la contribution spécifiques des membres des équipes de nursing ? <BR> - comment peut-on aborder la qualité des soins infirmiers dans ce vastes secteur d’activités ? <BR> elle n’apporte pas de recettes mais bien des observations, des réflexions et des propositions. Ces trois caractéristiques nous invitent ) préciser la place de notre démarche dans la sphère de la recherche scientifique. Celle-ci peut être définie comme « un processus systématiquement et intentionnellement orienté et ajusté en vue d’augmenter la connaissance dans un domaine déterminé ». Notre contribution se veut limitée à la phase heuristique, c’est-à-dire celle fait d’observations et de réflexions qui permettent de générer des hypothèses. La vérification de ces dernières relève de la phase de confirmation qui pourra faire l’objet de recherches ultérieures. Les protagonistes qui le mèneront pourront s’appuyer sur notre contribution en tant qu’élément de base, de conceptualisation. La distinction et la complémentarité de ces deux types de recherche sont apparues come primordiales, notamment pour Cattel qui s’est attaché à démontrer, dès 1966, combien a été dommageable pour les sciences humaines une conception trop limitée de la recherche scientifique et basée sur les seuls processus hypothético-déductifs. C’est ainsi que l’auteur qualifie la phase heuristique de « phase capitale » et propose une conception de la recherche en forme de spirale inductivo-hypothético-déductive. Y faisant référence, De ketele permet encore de préciser : « Le chercheur doit être beaucoup plus un explorateur et un détective qu’un homme de loi. Malheureusement, c’est souvent sur ces dernières qualités que la vie académique juge un chercheur. Cela aboutit à la pratique habituelle, dépourvue de sens, où l’on voit les recherches s’engendrer mutuellement selon des « hypothèses de seconde main » jusqu’à épuisement de la veine ou jusqu’à l’impasse. Qu’il suffise d’analyser le contenu des revues scientifiques <BR> La structuration de notre travail n’a pas été simple. Tant et tant d’éléments interviennent et interagissent qu’il est illusoire de vouloir tous les ordonner avec précision. Trois grandes parties ont cependant été identifiées/ La première traitera de la Réadaptation afin de définir cette discipline et d’en préciser la terminologie. La deuxième doit être considérée comme une illustration de la première. Elle montrera, à partir d’une population de patient atteints d’un accident vasculaire cérébral, la complexité du processus thérapeutique et la place y occupée par le personnel de nursing. La troisième, enfin, abordera la gestion des soins infirmiers dans ce secteur d’activités. Partant d’une démarche globale de qualité, les différents chapitres qui la composent constituent autant de propositions qui permettront d’orienter les principes organisationnels d’un centre hospitalier spécialisé. Ces trois parties ne sont pas indépendantes. La compréhension de la troisième est subordonnée à une bonne intégration des deux premières. D’autre part, si les propositions sont généralisables, on en peut envisager de les appliquer qu’après une étude minutieuse des réalités locales et, dès lors, des adaptations qui en découlent. Cette réserve est importante mais singe la dimension des ressources à exploiter tant dans les centres de Réadaptation que dans les structures d’hébergement - de tous types – d’enfants, d’adolescents, d’adultes, de personnes âgées, ainsi que partout où une personne humaine souffre de la différence qui s’est établie entre elle et les valeurs et moyens qui animent son environnement. <BR> Nous espérons que cette thèse, par la clarification de la notion de soins infirmiers de Réadaptation, donnera naissance à de nombreux prolongements spécifiques. Puisse-t-elle, de la sorte, contribuer à atténuer, voire supprimer des situations de handicap chez les personnes infirmes ou invalides ainsi que chez leurs proches
Affiliations
UCLouvainMD/ESP/SOME - Unité de sociologie médicale
Citations
APA
Chicago
FWB
Hesbeen, W. (1990). Spécificité des soins infirmiers de réadaptation : conception et gestion en centre hospitalier. https://hdl.handle.net/2078.5/111129