Accompagner les difficultés de lecture de la 3e maternelle à la 2e primaire. Freins et leviers perçus par les enseignants dans la mise en œuvre d'un dispositif de coenseignement visant à la différenciation

(2020) Colloque du Didactifen, Identifier, modéliser et surmonter les obstacles liés à l’apprentissage — Location: Liège (7.July.2020)

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Pour réduire les inégalités scolaires, l’école doit prendre en charge très tôt les obstacles socio-culturels, cognitifs et affectifs liés à l’apprentissage de la lecture. De nombreuses études soulignent l’importance de travailler l’entrée dans l’écrit dès l’école maternelle (Goigoux & al. 2016) et mettent en lumière la complémentarité des activités d’acculturation, d’identification de mots, de compréhension et d’écriture. En outre, les méthodologies basées sur l’enseignement explicite des stratégies montrent des effets intéressants sur le développement des compétences en lecture, notamment chez les élèves les plus fragiles (Graham & al., 2012), de même qu’un renforcement de l’encadrement pédagogique, qui favorise l’accompagnement de proximité (Viriot-Goeldel, 2007). Cependant, les recherches descriptives font état d’un décalage entre ces pratiques efficaces validées par la recherche, et les pratiques effectives des enseignants : ceux-ci se déclarent peu outillés pour accompagner leurs élèves dans ces apprentissages (Lafontaine & Nyssen, 2006), et des difficultés persistantes en lecture sont observées chez les élèves, notamment lors des épreuves externes (Schilling & al. 2017). Dans ce contexte, la Fédération Wallonie-Bruxelles a mis sur pied, de janvier 2019 à aout 2020, un projet pilote visant à développer la différenciation dans l’apprentissage de la lecture dans les classes de 3e maternelle, 1e et 2e primaire. Ce projet explore des pistes concrètes d’action pour trois axes du Pacte d’excellence – la maitrise des savoirs de base pour tous les élèves (axe 1), la réduction du taux de redoublement (axe 4) et l’augmentation du niveau de maitrise de la langue (axe 5) –, en activant deux leviers de changement majeurs : un accompagnement des équipes par un chercheur, et l’octroi de périodes supplémentaires (12 périodes par tranche de 50 élèves) destinées à soutenir la mise en place d’un coenseignement. Dans le cadre de cette expérience pilote, notre équipe – composée de 2 coordinateurs et de 9 chercheurs de l’ULiège, l’UCLouvain, l’HELMo, la HELV, l’ISPG – a mis en œuvre, dans 45 équipes pédagogiques, un dispositif d’accompagnement au développement professionnel (Mukamurera, 2014), qui vise à l’appropriation de pratiques efficaces d’enseignement de la lecture, et s’appuie sur les outils didactiques validés par le consortium C2_Français et Latin. Afin d’étayer la différenciation dans l’apprentissage de la lecture, des outils diagnostiques sont proposés aux enseignant.e.s, ce qui leur permet de porter un regard éclairé sur les compétences et les besoins de chaque élève. Le projet prévoit également de documenter les pratiques de coenseignement (Tremblay, 2015) effectivement adoptées par les acteurs, les adaptations apportées aux outils didactiques proposés, les effets sur les élèves, les leviers et les freins au changement de pratiques pédagogiques visé par l’expérimentation. Concrètement, le projet se déploie en trois périodes d’accompagnement (de février à aout 2019, de septembre à décembre 2019 et de janvier à aout 2020). Chaque période reproduit la même démarche collaborative, subdivisée en trois étapes réplicables. Lors de la phase de « cosituation », le chercheur et les enseignants font le point sur le contexte, les pratiques pédagogiques habituelles et les besoins des élèves ; l’équipe choisit ensuite en concertation un des quatre axes d’enseignement de la lecture (acculturation, identification de mots, compréhension, écriture) considéré comme prioritaire pour la période, puis un outil didactique permettant de développer les compétences visées. La phase de « coopération » qui intervient ensuite débute par une mesure de départ (prétest) des compétences des élèves et se poursuit par l’appropriation, avec l’accompagnement du chercheur, des activités de l’outil didactique, et par leur expérimentation en classe ; elle se clôt par un post-test. Enfin, en phase de « coproduction », chercheur et enseignant.e.s analysent d’une part, les adaptations apportées aux outils didactiques expérimentés, et d’autre part, les traces collectées auprès des élèves. Cette analyse amène les enseignants à choisir, pour la période suivante, soit de poursuivre l’expérimentation de l’outil mis en œuvre, soit de changer d’axe d’apprentissage de la lecture et d’explorer un nouvel outil didactique. Dans le cadre de ce colloque, nous présentons les premiers résultats de la recherche en cours, en nous appuyant sur les données collectées auprès des 293 enseignants et 68 coenseignants qui composent notre échantillon (ils sont issus de 45 écoles d’indices socio-économiques divers et relevant des 3 réseaux d’enseignement). Dans un premier temps, après avoir présenté le contexte et le design de la recherche, nous nous interrogeons sur les facteurs individuels, interpersonnels, de gestion et de formation (Benoit & Angelucci, 2011) qui semblent avoir influencé l’appropriation et la mise en œuvre en classe des outils didactiques, et nous explorons la question de recherche suivante : « Quels sont les freins et les leviers perçus par les enseignants dans la mise en œuvre de pratiques d’accompagnement des difficultés de lecture en M3-P1-P2 dans le cadre du projet pilote ? ». Nous analysons ensuite les configurations de coenseignement observées dans les classes et leurs effets sur les pratiques d’enseignement de la lecture. Enfin, nous observerons les effets que la participation à un tel projet collaboratif a eus sur les représentations de l’enseignement/apprentissage de la lecture chez les enseignants partenaires. Afin de traiter ces questions, nous analysons trois types de données collectées auprès des enseignants partenaires : les questionnaires individuels complétés par tous les acteurs et portant sur les conditions de mise en œuvre du projet dans les classes ; les comptes rendus des séances d’accompagnement et des concertations d’équipes menés par le chercheur ; la transcription de focus groups sur le coenseignement menés dans plusieurs équipes pédagogiques en fin d’expérimentation.
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Citations

Dumont, A., Libion, M., & Wyns, M. (2020). Accompagner les difficultés de lecture de la 3e maternelle à la 2e primaire. Freins et leviers perçus par les enseignants dans la mise en œuvre d’un dispositif de coenseignement visant à la différenciation. Colloque du Didactifen, Identifier, modéliser et surmonter les obstacles liés à l’apprentissage, Liège. https://hdl.handle.net/2078.5/233222