Alors que les données climatiques scientifiques semblent manquer en Afrique équatoriale se focalisant davantage à l’échelle continentale ou régionale, la connaissance des populations vivant dans ou autour des forêts tropicales pourrait représenter un moyen intéressant de contribuer à une meilleure compréhension du changement climatique et de ses impacts et à une élaboration plus efficace de stratégies d’adaptation. Suivant ce postulat, le papier présente une étude réalisée dans le Sud-Ouest du Cameroun où les Pygmées racontent que « La forêt devient folle ». Basée sur des entretiens individuels et semi-structurés ainsi que sur des observations ethnologiques, l’étude aborde la question par le biais des changements relatés par les populations locales dans le comportement d’un arbre commun et bien connu à savoir le manguier sauvage (Irvingia gabonensis). Dans un rayon de 80 km, sept villages localisés dans ou près de la forêt ont été étudiés. Trente personnes ont été interviewées au sein des populations bantoues et pygmées Bakola/Bagyéli. Les résultats suggèrent une désorganisation du climat et des saisons. Les phénomènes comme les précipitations, la chaleur ou le vent ne semblent plus circonscrits dans des périodes précises au cours de l’année et paraissent plus violents que par le passé ce qui se traduit par un sentiment d’incertitude et une incompréhension associée à une perte de repères. Le manguier sauvage semble suivre le même schéma. Sa floraison comme sa fructification ont perdu leur régularité et les populations certains de leurs repères. Elles apparaissent selon les années plusieurs fois par an ou pas du tout, alors que la santé ou la morphologie de l'arbre ne semble pas être remise en cause, pas plus que les changements sur le fruit en tant que tel. D'autres changements sont également signalés comme par exemple des décalages dans les pratiques de l'agriculture sur brûlis. Le papier illustre la richesse et la complémentarité d'une approche purement qualitative et met en exergue la valeur des savoirs traditionnels comme levier d’action.
Wilmart, M., Farcy, C., & Nke Ndih, J. (2016). “La forêt devient folle”. Perceptions du changement climatique par les Pygmées et Bantous du Sud-Ouest du Cameroun. In Farcy, C., Huybens, N. (ed.), Forêts, savoirs et motivations (pp. 105-123). L’Harmattan. https://hdl.handle.net/2078.5/274197