« parler sans accent pour moi c’est sans sans sans bafouiller » Quelles répétitions de formes en français parlé ?

(2014) Congrès Mondial de Linguistique Française – CMLF 2014 SHS Web of Conferences

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Les études sur la langue parlée ont permis de dégager des phénomènes propres à l’oral, qu’on regroupe souvent sous l’appellation générale de disfluences. On entend par là un certain nombre de traits propres à la production de la langue parlée, d’« achoppements » dans la linéarité de l’énoncé, de marques du discours en cours d’élaboration ; ces phénomènes sont inhérents aux productions orales, même si leur fréquence semble dépendante du « type » d’oral (planifié ou non). Connaissant un intérêt récent auprès des linguistes étudiant l’oral, les disfluences ont principalement fait l’objet d’études de la part des psycholinguistes (les pionniers Maclay et Osgood 1959, Levelt 1989), des psychanalystes (on sait l’intérêt de Freud pour le lapsus, où l’attention est portée davantage sur le lexique) ou encore des psycho-cliniciens. C’est l’aspect « raté » qui a d’abord intéressé, ainsi que les mécanismes d’encodage et de décodage des énoncés (cf. Duez 2001 pour un historique de ces notions). L’intérêt relativement tardif des linguistes – dans les années 1950, d’abord dans le monde anglo-saxon – s’explique sans doute par le fait que les recherches sur l’oral, abordé principalement d’un point de vue phonétique ou phonologique, se sont centrées sur la parole de laboratoire, délaissant la parole en contexte, la parole spontanée, caractérisée justement par les disfluences. Depuis 1999, un colloque (DISS) rassemble tous les deux ans des chercheurs sur l’oral, intéressés par la production ou la perception du phénomène ou encore par les défis qu’il pose aux technologies de la parole. La disfluence de certains énoncés est donc opposée à la fluence de certains autres, avec les jugements de valeur que cela implique bien souvent. Comme le constate Habert (2005 : 57) : (...) on manque ainsi de termes positifs pour décrire les régulations de l’oral, parfois fâcheusement dénommées disfluences par transfert de l’anglais disfluencies. D’autre part, il s’agit de faire le départ entre ce que l’on englobe dans les disfluences, et qui est propre à la planification de tout énoncé oral chez tout locuteur, et ce qui relève plus particulièrement d’une pathologie du langage. Dans la littérature, les auteurs assimilent fréquemment les disfluences à des manifestations d’hésitation de la part du locuteur. C’est d’ailleurs le terme hésitation qui a prévalu longtemps dans la plupart des études sur le sujet, autant dans le monde anglo-saxon que francophone. Selon Candéa (2000a : 13 et 2000b : 2), c’est à l’étude de Maclay et Osgood (1959) que l’on doit l’emploi du terme hesitation phenomena, « au détriment des termes de type “disturbances” ou “disfluencies” ». Ces auteurs ont établi une typologie des phénomènes d’hésitation qui a fréquemment été reprise dans les études postérieures. Selon eux, l’hésitation se manifeste dans la parole des locuteurs par les pauses remplies, les syllabes allongées, les faux départs (repris ou non), les répétitions (non sémantiques) et les pauses silencieuses non syntaxiques. On assiste pourtant aujourd’hui à un retour en grâce du terme disfluence. Dans la littérature anglo- saxonne, on rencontre également le terme non-fluencies (Hindle 1983, Neslon 1996). De notre point de vue, le terme hésitation a ceci de gênant qu’il fait référence à un processus cognitif. Ainsi, malgré les critiques que l’on peut émettre sur le choix du terme disfluence, nous le préfèrons à celui de hésitation. En effet, nous ne nous intéresserons pas ici aux fonctions des disfluences en termes cognitifs ou selon leurs éventuelles fonctions énonciatives – qu’elles soient des marques du travail de formulation (Morel et Danon-Boileau 1998), signe d’hésitation, signe d’un malaise ou d’une difficulté d’encodage, recherche du mot juste dans la mémoire du locuteur, marque signifiant la volonté de poursuivre l’énoncé, etc. – mais à leur fréquence et leur régularité en corpus. Notre but est en effet de cerner le phénomène du point de vue de la morphosyntaxe et d’en voir les éventuelles régularités afin de les formaliser dans la perspective d’une analyse automatisée ou semi-automatisée.
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Citations

Dister, A. (2014). « parler sans accent pour moi c’est sans sans sans bafouiller » Quelles répétitions de formes en français parlé ? EDP Sciences. Published. Congrès Mondial de Linguistique Française – CMLF 2014 SHS Web of Conferences. https://hdl.handle.net/2078.5/172277 (Original work published 2014)