(fr) Dans un contexte de tension démographique et de mobilité globale, le partage des connaissances est un défi particulièrement important pour les organisations. Malgré l’existence de plusieurs démarches visant à promouvoir ce processus auprès des travailleurs, beaucoup de pratiques de partage de connaissances en gestion des ressources humaines conduisent à des déceptions, voire à des échecs. Considérant que les enjeux liés au pouvoir et au conflit ont trop souvent été négligés dans la littérature dominante sur le sujet, cette thèse propose, dans une démarche critique, une approche politique et interprétative du partage des connaissances dans l’organisation. À cette fin, la théorie de la régulation sociale de Reynaud est mobilisée afin de développer une grille de lecture complémentaire à l’étude et la compréhension du processus. À partir d’une méthodologie qualitative basée sur l’étude de cas longitudinale, l’introduction d’une pratique de tutorat dans une organisation publique belge a été étudiée pendant près de deux années. Les principaux résultats de cette recherche amènent à constater que le partage des connaissances dans l’organisation est naturellement régi par des règles sur lesquels les acteurs ont accepté de s’accorder. Lorsqu’une pratique de partage des connaissances est introduite dans l’entreprise, les acteurs du projet sont spontanément porteurs et producteurs d’autres règles en matière de partage de connaissances. Ces nouvelles règles ne se bornent pas à modifier les modalités de cette activité (comment, avec qui, quand, etc.), mais touchent aussi à des dimensions telles que la reconnaissance d’un métier, la manière de l’enseigner, les connaissances requises pour l’exercer ou l’expertise pour le faire partager. Vu cette régulation implicite, nous constatons que, pour que les acteurs acceptent de partager leurs connaissances, les promoteurs de la nouvelle pratique, tout comme ceux qui recevront la connaissance, doivent s’adapter aux règles de ceux qui détiennent les savoirs. Si ces enseignements peuvent contribuer, d’une part à la littérature sur le partage des connaissances dans l’organisation, et d’autre part au développement de la théorie de la régulation sociale en situation de gestion dans un contexte intra-organisationnel, cette thèse propose aussi un certain nombre d’implications managériales à destination des knowledge managers.
Van Bunnen, G. (2014). Gérer le partage des connaissances dans l’organisation : une perspective critique par l’approche politique de la régulation sociale. https://hdl.handle.net/2078.5/197279