Mes recherches récentes sur les agents cultuels de la Mère des dieux dans le monde romain permettent de poser un nouveau regard sur un objet conservé au Fitzwilliam Museum de Cambridge, qui, dès sa première publication en 1917, a été mis en relation avec le culte de la déesse d’origine phrygienne, en raison des reliefs ornant trois de ses faces. Ceux-ci représentent plusieurs figures, dont la principale a été interprétée comme la Mère des dieux et les autres comme des galles, dévots qui se châtraient pour la déesse. L’objet, pourvu d’une cavité interne, aurait, selon certains savants, recueilli les testicules d’un galle. Ces interpétations se basent sur une historiographie désormais dépassée. En tenant compte des acquis récents de la recherche, il est désormais possible de reconnaître dans cet objet un autel cinéraire. Celui-ci a vraisemblablement recueilli les cendres d’une prêtresse du culte de Mater Magna, représentée sur la face principale, entourée d’ « Attis-tristes » - dont la présence se justifie pleinement sur un monument funéraire. Plus n’est besoin d’y voir des galles, pas plus que dans les porteurs de la procession : par leurs vêtements phrygiens, ils indiquent avant tout quel est le culte qu’ils desservent. Ainsi les deux faces latérales auraient figuré, sous forme davantage symbolique que réaliste, des aspects de la divinité ou de son culte, auxquels avait pris part la défunte.
Van Haeperen, F. (2019). Représentations, pratiques et agents cultuels de Mater Magna : réflexions autour de l’autel du Fitzwilliam Museum (Cambrige). In S. Crippa (ed.), Corpi e saperi. Riflessioni sulla trasmissione della conoscenza (p. p. 235-248). Pendragon. https://hdl.handle.net/2078.5/224832