L’instrument qui rompt : Musique et identité dans La passion Savinsen de François Emmanuel

(2005) Textyles : revue des lettres belges de langue française — n° 26-27, p. 107-115 (2005)

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Au fil de l’œuvre d’Emmanuel défilent des musiciens qui, pour différents qu’ils puissent paraître, ont cependant en commun de faire usage d’instruments vocaux ou dont le son évoque la voix humaine, comme le violon et le violoncelle. Cette exploitation récurrente et caractéristique du motif musical témoigne de l’attention que l’auteur accorde à la question spécifique des rapports entre la parole et la musique. Dans La Passion Savinsen, l’instrument qui occupe le cœur de l’héroïne est le piano. Or, les notes produites par cet instrument à percussions sont à de nombreuses reprises décrites en termes de voix. L’on peut aller jusqu’à dire que la musique est, chez Emmanuel, équivalente à une voix non langagière. Les personnages des romans d’Emmanuel, et en particulier de La Passion Savinsen, subissent tous les invites d’une musique exigeante qui requiert sans appel l’oubli des repères acquis au fur et à mesure de l’existence et les conduit, selon des trajectoires différentes quoique proches, à accepter de se perdre pour accepter la perte elle-même. L’instrument en action rompt la signification, rompt le rapport entre signifiant et signifié qui fonde l’identification : la musique remet toute chose apprise en question ; la musique qui apparaît au détour des pages peut d’emblée être comparée au chant des sirènes qui attirent les marins imprudents dans les abysses de la mer.
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Meurée, C. (2005). L’instrument qui rompt : Musique et identité dans La passion Savinsen de François Emmanuel. Textyles : revue des lettres belges de langue française, 26-27, 107-115. https://hdl.handle.net/2078.5/34391 (Original work published 2005)