Comme dans un bon nombre de pays d’Afrique sub-saharienne, l’infection par le virus du sida constitue un problème de santé publique majeur en République Démocratique du Congo. <BR> La question opérationnelle à laquelle la présente recherche propose de répondre est de savoir si la recherche, en particulier les théories de l’éducation et de la promotion de la santé peuvent, au Congo, alimenter et accompagner, c’est-à-dire servir de support à l’organisation des interventions éducatives en direction des jeunes, qui connaissant une activité sexuelle intense, constituent un des groupes vulnérables. L’objectif principal de la recherche consiste en effet à construire un cadre de référence pertinent permettant de développer une méthodologie adéquate d’intervention éducative en direction des jeunes congolais et ainsi favoriser l’adoption de comportements de protection et faire reculer l’épidémie. <BR> Après une discussion sur les perspectives théoriques de la recherche, nous avons développé une stratégie méthodologique en trois point : l’analyse de la littérature afin d’identifier les facteurs de vulnérabilité au sida, la mise en œuvre au cours d’une phase empirique d’une recherche-action dans les écoles au Congo, et son évaluation. <BR> Les résultats de cette recherche soulignent l’importance des variables socio-comportementales dans les déterminants de la vulnérabilité au sida chez les jeunes scolarisés de Bukavu. Ces derniers constituent un public prioritaire qu’il faut atteindre par des interventions éducatives adéquates et culturellement adaptées. <BR> Quoique les principaux modes de transmission du sida soient connus, de nombreuses croyances persistent au sujet des situations om un risque de contamination existe ; ces croyances sont significativement plus souvent présentes chez les élèves du primaire par rapport à leurs aînés du secondaire. En raison de ces croyances et des stéréotypes religieux en rapport avec les représentations associées au sida et à la sexualité, la proximité des personnes séropositives est redoutée et le recours au préservatif et au test de dépistage du sida est faible. <BR> Le fait que de nombreux jeunes perçoivent le sida comme une menace éloignée de leur environnement de vie habituel favorise le déni du sida et une prise importante de risque, et constitue un obstacle à des pratiques sexuelles sécuritaires. <BR> Les questions liées à la sexualité, à la santé, au sida prennent rarement place dans le contexte du dialogue familial les parents n’imaginent pas une telle initiative qui est, en fait, contraire aux mœurs locales. Les jeunes attendent ce genre d’informations de leurs copains/copines et des professionnels de la santé, considérés comme étant des sources crédibles. <BR> D’une manière générale, l’action mise en place dans les écoles de Bukavu a été bien accueillie et comporte un impact positif chez les relais en termes d’amélioration de l’estime de soi, des connaissances, des représentations et d’attitudes en matière de sida. C’est une expérience intéressante que de nombreux relais sont prêts à poursuivre surtout s’ils peuvent bénéficier du support des adultes (enseignants, parents, professionnels de santé, leaders religieux) bien au fait de l’actualité. <BR> L’approche par les pairs est bien réalisable dans le contexte congolais et peut s’appliquer à la prévention de l’infection à VIH. Cette approche est congruente avec la démarche de promotion de la santé qui vise au total à développer un processus d’empowerment individuel et communautaire. Elle favorise l’ouverture au dialogue et à la communication au sujet du sida, notamment en créant un espace de parole tel que les jeunes puissent parler entre eux et s’exprimer sans gêne sur tout ce qui concerne le sida, la sexualité, la santé. Les jeunes relais peuvent donc s’avérer des communicateurs efficaces des messages de prévention aussi bien en direction des jeunes de leur âge qu’auprès d’autres publics. <BR> La participation des parents et des enseignants, jugée actuellement insuffisante, est essentielle pour conférer plus de crédibilité et d’adéquation culturelle aux messages et à la qualité des outils de prévention. <BR> Au total, ces résultats confortent notre thèse à savoir qu’une approche globale de prévention de l’infection à VIH auprès des jeunes, qui se construit à partir d’un cadre de référence inspiré des théories de l’éducation pour la santé et de la promotion de la santé, et qui se structure autour d’une démarche participative, favorisant l’empowerment individuel et communautaire et le changement social, est faisable, efficace et acceptable dans le contexte congolais. <BR> Dès lors, pour pouvoir rencontrer les besoins et les demandes des jeunes (et de l’ensemble de la communauté) en matière de prévention du l’infection à VIH et de la santé de la reproduction en général, diverses interventions devront être menées tant sur le plan de la politique sanitaire et de la politique éducative, qu’au niveau de l’organisation communautaire
Affiliations
UCLouvainMD/ESP/HOSP - Unité des sciences hospitalières
Citations
APA
Chicago
FWB
Baruani, Y. K. (1999). Recherche-action en milieu scolaire à Bukavu: l’éducation par les pairs pour prévenir l’infection à VIH. https://hdl.handle.net/2078.5/110859