La théorie économique du XXe siècle repose majoritairement sur une distinction assez radicale entre l’économie positive d’une part et l’économie normative d’autre part. La première aurait pour tâche de décrire et de proposer les allocations de ressources les plus efficientes d’un point de vue quantitatif, c’est-à-dire indépendamment de toute considération éthique sur la juste redistribution des ressources. Dans son modèle le plus pur, cette théorie économique néo-classique du marché en concurrence parfaite n’est, a priori, compatible avec aucune forme institutionnelle étatique. Elle prétend ne reposer que sur deux piliers : une norme de rationalité des agents selon laquelle tout acteur économique est uniquement préoccupé par la maximisation de sa propre utilité ; et un marché, place neutre et transparente, qui reçoit des données quantitatives relatives à des offres et des demandes, les agrègent et les transforment en informations disponibles (les prix) pour les agents. Cet article critique ce modèle en montrant que les deux piliers sont aujourd’hui fortement fragilisés par les travaux d’économistes et de psychologues contemporains. Il replace aussi la notion d’échange économique désincarné dans une notion d’action pragmatique dans laquelle la temporalité retrouve un rôle central. Il propose enfin un concept de rationalité économique qui se rapproche davantage de la catégorie sociale de l’homme raisonnable, normalement prudent et diligent, que le droit construit depuis ses origines.
Coppens, P. (2007). Etat, marché et institutions. Revue internationale de droit économique, 21(3), 293-317. https://doi.org/10.3917/ride.213.0293 (Original work published 2007)