C'est désormais une évidence : dans nos vies, il y a aujourd’hui de plus en plus d’écrans et de moins en moins d’humains. Les services publics n’échappent pas à la tendance qui va en s’accélérant, vers un horizon 2030 en ligne de mire. Alors que cette situation du « tout numérique » est de plus en plus critiquée par les scientifiques et observateur·ices, la nécessité d’imposer un débat de société sur les orientations désirables de ces évolutions technologiques peine toutefois à s’imposer. La capacité à remodeler profondément les choix techniques apparait souvent comme une douce utopie éloignée d’une réalité qu’il est plus raisonnable d’accepter avec fatalité. C’est que la lecture dominante du numérique produit un double effet de survalorisation des potentialités offertes par les technologies et une invisibilisation des alternatives numériques et des pratiques non médiées par ces outils, comme si elles n’avaient plus de sens [1]. L’objectif de cet article est de faire le point sur l’ambivalence de la numérisation des services publics en rappelant la nécessité de ne pas prêter des capacités a priori aux technologies sans identifier leurs effets dans le contexte de leur déploiement ainsi que de souligner l’importance de maintenir la voie numérique comme une option. À l’initiative de la Commission européenne et de sa « boussole numérique » [2], le Parlement européen et le Conseil ont décidé, le 14 décembre 2022, d’ériger l’objectif de « services publics essentiels 100 % en ligne d’ici 2030 » comme « cible numérique
Brotcorne, P., & Degrave, É. (2024). Numérisation des services publics, pour le droit de choisir. La revue nouvelle, 4(4), 8-15. https://doi.org/10.3917/rn.240.0008 (Original work published 2024)