Le but est d’étudier un fait encore peu commenté, celui de l’investissement de l’entreprise dans l’université, et des universitaires pour l’entreprise. Ce poster traite de deux types d’interactions, suggérées par le titre de ce projet : entre l’« École française d’analyse du discours » (AD) et la demande sociale (interaction fondamentale), entre la recherche en AD et la commande d’entreprise, activité en développement. L’AD est une discipline oscillant entre la linguistique appliquée et la recherche, et elle paraît avoir une certaine légitimité à pouvoir répondre à la demande sociale et aux besoins des entreprises. Nos problématiques sont les suivantes : Quelle place tient la demande sociale dans l’histoire de l’AD ? Quels sont les enjeux et les conséquences de son investissement dans le monde de l’entreprise ? 1. AD et demande sociale : courte histoire d’une discipline universitaire : L’AD ne se fit une place que tardivement en tant que discipline universitaire, à cause, entre autres, de son caractère transdisciplinaire qui posait la question de sa spécificité et de sa nécessité de se constituer en tant que discipline autonome. L’AD a vu le jour dans le contexte politico-social de la fin des années 1960 où une philosophie marxiste du langage devait permettre l’émancipation des classes moyennes. Bakhtine qui fut un précurseur, Michel Foucault, un des fondateurs de l’analyse du discours avec Michel Pêcheux et Jean Dubois nous montrent que la demande sociale fut un élément fondateur de l’AD. En 1975, s’effectue un glissement de la lutte des classes au temps du débat et on y verra la volonté de sortir du discours doctrinaire pour s’intéresser aux productions discursives les plus diverses afin d’élargir le champ d’investigation de l’AD. 2. La recherche en analyse du discours et les commandes d’entreprise : L’entreprise est à la recherche d’une preuve « absolue » susceptible d’avaliser différents points de vue et le chercheur en entreprise doit résoudre localement un problème avec ceux qui s’y trouvent (ex. : Fodor travailla pour EDF sur une analyse qualitative du mode de dénomination des tarifs). Cette recherche hors les murs de l’université demande des capacités importantes de vulgarisation scientifique et cela doit participer à la reconnaissance professionnelle des sciences du langage. 3. La trans-/inter- disciplinarité et le statut du chercheur en question : l’AD est un champ de recherche situé à la frontière de nombreuses autres disciplines, mais avec un ancrage fort dans la linguistique. La transdisciplinarité (coopération entre des disciplines autonomes en vue d’élargir la compréhension d’un domaine particulier ou d’atteindre un objectif commun) et l’interdisciplinarité (le fait de plusieurs disciplines qui s’associent pour établir un objet commun dont aucune ne peut donner tous les aspects avec les seules techniques dont elles disposent) ont été l’objet d’une intense théorisation ces dernières années et ont un rôle important dans la collaboration avec l’entreprise. Mais il existe un débat entre deux notions illustré par ces propos d’Adam et Heidmann : « l’interdisciplinarité permet d’éviter autant l’indifférence molle du tout se vaut que la dilution éclectique des savoirs dans la transdisciplinarité ». Le statut égalitaire de praticien-chercheur où « la recherche est aussi une pratique [transdisciplinaire], le chercheur est praticien, il a une (ou des) pratique de recherche. Il "fait de la recherche" » est aussi riche en interrogations. L’adaptabilité exemplaire de l’AD au monde de l’entreprise n’est-elle pas à chercher dans son caractère transdisciplinaire et le statut hybride de praticien-chercheur ?
Mariscal, V. (2008). Analyse du discours et demande sociale : entre recherche et commande d’entreprise. Rencontres Jeunes Chercheurs ED 268, Paris 3 Sorbonne ILPGA. https://hdl.handle.net/2078.5/22294