Jeanne de Brabant (1322-1406), son principat et ses duchés. Une femme de pouvoir délaissée par l'histoire?

(2024) Journée doctorale. Initier un dialogue entre les disciplines à Saint-Louis — Location: UCLouvain - Saint-Louis Bruxelles (7.November.2024)

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Jeanne de Brabant (1322-1406), son principat et ses duchés, une femme de pouvoir délaissée par l’histoire ? Notre société tend à présenter le Moyen Âge comme une source de nombreux maux de notre civilisation. Le poids de l’Église et la culpabilité chrétienne, les clivages sociaux entre riches et pauvres, le patriarcat, … sont autant de blâmes que nous posons sur les épaules des temps médiévaux. Toutefois, ces considérations sont fortement biaisées par l’histoire faite dans les siècles passés et enseignées, encore aujourd’hui, dans les curricula scolaires. Jeanne de Brabant – dont la biographie est l’objet de ma thèse – et son second époux Wenceslas de Luxembourg ont concédé la Joyeuse Entrée de Brabant lors de leur prise de pouvoir et ainsi rétrocédé du pouvoir au peuple brabançon. À ce titre, ils furent rapidement catégorisés par les historiens comme incompétents, et leur principat a plus été considéré pour sa prestigieuse cour et pour la voie qu’il établissait pour la prise de pouvoir bourguignonne du siècle suivant que dans sa complexité politique et les enjeux de son développement dans les Pays-Bas du XIVe siècle. Avec l’apparition de l’histoire des femmes, puis de l’histoire du genre, les chercheurs ont mis en doute ces biais et tentés de comprendre quelle place les femmes tenaient dans les sociétés passées, et comment le genre pouvait déterminer, perturber et générer des rapports entre les individus, au seins des communautés. Jeanne de Brabant en tant que femme, et Wenceslas de Luxembourg en tant qu’étranger ont été reconsidérés et leur gestion des territoires brabançons réévaluée comme pas si désastreuse que cela. Dans un dialogue entre la recherche historique belge depuis 1830 et les sources médiévales qui témoignent de la vie de Jeanne et de son principat au côté de Wenceslas, le but de cette analyse est de faire ressortir le décalage entre les préjugés issus de l’historiographie passée sur la place des femmes à la fin du Moyen Âge et la perception actuelle de la recherche à ce sujet. Comment les femmes existaient-elles dans l’histoire médiévale faite au XIXe siècle ? Y a-t-il une différence dans leur représentation au début de l’indépendance belge, par rapport à la fin du sièble ? Quelle place des historiens tels que Henri Pirenne leur attribuèrent-ils ? Le XXe siècle et ses deux gerres mondiales modifièrent-ils cela ? Qu’en est-il des changements sociaux des années 1960, 1970 et 1980 ? À travers ces moments, comme l’image et la représentation de cette duchesse Brabant évoluèrent-elles ? Les sources qui permettent ces analyses politiques et sociales sont multiples passant des chroniques aux archives comptables et autres documents de la pratique médiévale. Elles seront mises en rapport avec les récits des historiens belges depuis 1830. Le but est donc de croiser ces visions différentes pour marquer le contraste entre le récit fait par les uns et ce que nous percevons aujourd’hui des documents d’époque, pour identifier les rôles que des femmes ont pu jouer dans la gestion des territoires des Pays-Bas (Nord de la France, actuelle Belgique et actuels Pays-Bas) à la fin du Moyen Âge (14e – 15e siècle). Le cas de Jeanne de Brabant est ici particulièrement intéressant parce qu’il permet d’aborder différentes facettes de la vie politique d’une princesse, tout en marquant l’évolution historiographique. En effet, cette duchesse était la fille ainée du duc Jean III de Brabant, et rapidement après sa naissance en juin 1322, elle eut deux sœurs – Marguerite et Marie –, et trois frères – Jean, Henri et Godefroid. Dès ses premiers mois, son père négocie son mariage avec l’héritier des comtés de Hainaut, Hollande et Zélande, Guillaume, témoignant ainsi de l’important rôle que les filles de la haute aristocratie tenaient dans les alliances de pouvoir et les politiques matrimoniales. Cependant, la jeune princesse se retrouve veuve, et sans frère en quelques décennies. Son père la marie alors au fils du roi de Bohême Jean l’Aveugle, Wenceslas, destiné à devenir le comte de Luxembourg et prépare ensuite le couple et ses territoires pour la succession périlleuse qui s’annonce due au sexe féminin de l’héritière. Pendant longtemps, le principat de ce couple fut considéré comme « mauvais » à cause de la succession qu’il dût concéder en 1356 à sa prise de pouvoir, à la guerre contre la Flandre qui sensuivit, et à d’autres défaites que Wenceslas essuya, sans compter les dettes colossales laissées par la suite. Le jeune duc était présentée comme un naïf, incompétent cédant à tout, et surtout à ses envies de plaisir, alors que son épouse, Jeanne, ne parvenait pas à la contenir et articulait sa vie entre une religion bigotte et des jeux d’argent. Toutefois, plus récemment, le gouvernement de ce couple fut reconsidéré, entre autres grâce au rôle du duc dans l’Empire de son frère Charles IV, et celui de la duchesse dans les négociations pour et avec Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, et époux de sa nièce Marguerite de Male – fille unique de Marguerite de Brabant. Les 84 ans de vie de Jeanne ont donc changé de couleur dans l’analyse historique, grâce, entre autres, à ses relations avec ses successeurs, le couple bourguignon et leurs enfants.
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Rutsaert, C. (2024). Jeanne de Brabant (1322-1406), son principat et ses duchés. Une femme de pouvoir délaissée par l’histoire? Journée doctorale. Initier un dialogue entre les disciplines à Saint-Louis, UCLouvain - Saint-Louis Bruxelles.