Migrations et crises économiques dans le centre de la Wallonie au XIXe siècle

(2002) Cahiers des Annales de Démographie historique — Vol. 2002, n° 3, p. 123-157 (2002)

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Dans tous les milieux d’habitat considérés, les migrations se sont globalement intensifiées au cours du XIXe siècle. Au-delà de cette tendance générale, l’évolution de ce phénomène démographique porte largement l’empreinte des fluctuations de la conjoncture économique et des besoins de main-d’oeuvre. Les crises agricoles et alimentaires de la moitié des années 1845-1856 et la “grande dépression industrielle” des années 1873-1892 marquent de leur empreinte l’évolution des profils démographiques. Les populations qui furent confrontées à ces crises socio-économiques ont inventé ou développé, en fonction des opportunités offertes, des réponses démographiques spécifiques. La première, qui toucha en priorité les campagnes, a généré un formidable mouvement d’émigration rurale vers les villes et les cités industrielles en plein développement. Les courbes de la nuptialité, de la natalité et de la mortalité portent l’empreinte des crises socio-économiques qui perturbèrent les années 1845-1856. Mais pour beaucoup, le dilemme se posa en ces termes : la valise ou la faim et au pire la mort ! En définitive, vers le milieu du XIXe siècle, les facteurs se coalisèrent pour amorcer une véritable révolution migratoire, avec d’un côté des campagnes meurtries par les crises agricoles et alimentaires et la décadence de l’industrie à domicile, et de l’autre, les bassins industriels en plein développement économique, et de manière plus sporadique les Etats-Unis, offrant de nombreux débouchés. Quant à la seconde réponse démographique, qui frappa principalement les bassins industriels, elle força les familles ouvrières à limiter les naissances afin de préserver les acquis gagnés au cours des années précédentes. Simples réponses momentanées à une situation de crise, ces comportements démographiques nouveaux sont progressivement entrés dans les moeurs; la mobilité s’est sensiblement accrue durant la seconde moitié du XIXe siècle dans tous les milieux d’habitat et partout, après 1880, la limitation des naissances dans le mariage s’est développée et les différences d’intensité de la natalité et de la fécondité se sont atténuées. Ces deux crises auraient servi de détonateur dans les processus de transition de la mobilité — le passage d’une société relativement stable à une société très mobile — et de transition de la fécondité — le passage d’une société qui ne pratique pas la limitation volontaire des naissances dans le mariage, à une société qui contrôle consciemment sa fécondité.
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Citations

Eggerickx, T. (2002). Migrations et crises économiques dans le centre de la Wallonie au XIXe siècle. Cahiers des Annales de Démographie historique, 2002(3), 123-157. https://hdl.handle.net/2078.5/45944 (Original work published 2002)