Karl-Otto Apel est sans doute l’un des auteurs les plus importants dans le domaine de la pensée morale et de la philosophie pratique au vingtième siècle. Marqué dans sa jeunesse par la montée du nazisme, par la nécessité pour une Allemagne en ruine de comprendre la déchéance éthique et politique qui a rendu possible la catastrophe, mais surtout par le devoir de rendre impossible sa résurgence, Apel va se mettre en quête d’une réponse philosophique à cette crise morale inouïe, en quête d’un principe fondamental qui puisse servir de point d’Archimède incontestable dans le domaine pratique. Ce principe, il le développera dans une théorie de l’éthique qui s’inscrit pleinement dans la tradition transcendantale de la morale de Kant, tout en transformant cette tradition par la prise en compte de la dimension intersubjective du langage, devenue centrale pour la philosophie contemporaine. Le projet de sa pragmatique transcendantale est de fonder les normes d’une morale universelle à partir d’une analyse réflexive des présupposés nécessaires de toute activité de communication, de toute discussion sérieusement engagée. L’objectif de cette étude sur Karl-Otto Apel est double : premièrement, interroger les fondements transcendantaux et les conséquences normatives du concept de « point de vue moral » ; deuxièmement, mettre au jour les prémisses d’une éthique politique en examinant les conditions de possibilité de l’application du point de vue moral dans les sphères de normativité du droit et de la politique.