Parti d’une interrogation sur les possibilités de renouvellement de la réflexion éthique dans le monde contemporain, cet article suit la voie ouverte par Walter Benjamin – la voie du symbolique, par opposition à la perspective déontologique initiée par Kant. Mais cette voie est pour le moins périlleuse : elle renvoie à une critique radicale du droit et, à travers lui, à une remise en cause de l’illusion selon laquelle le droit pourrait nous libérer de l’histoire… Comment faire ? Dans l’un de ses textes de jeunesse, intitulé Destin et caractère, Walter Benjamin donnait des précisions décisives pour un tel projet. Notre article revient sur ce texte, à travers l’argumentation suivante : en revisitant le concept de « destin », Benjamin situe l’agir moral dans la perspective d’une philosophie de l’histoire, marquée par l’expérience du malheur. Face à elle, le droit est un piège et l’éthique insuffisante. Relever le défi de l’expérience historique suppose de passer de l’éthique au symbolique, dont le messianisme est la forme ultime. Mais quelle interprétation proposer de ce dernier ? Entre la voie profane centrée sur la révolution (M. Löwy) et l’expérience d’une altérité ouvrant sur l’infini (E. Lévinas), notre article insiste sur le dispositif symbolique qui, à travers une conception non-substantielle du Messie, permet à la fois une ouverture radicale sur « ce qui vient » et un puissant appel à faire droit aux « vaincus », en les constituant comme sujets historiques.
de Nanteuil, M. (2025). Condamnés à vivre. Droit, éthique et messianisme chez Walter Benjamin. Analecta Bruxellensia. Submitted. (Original work published 2025)