À l’heure de la déconstruction des « grands récits », la « philosophie de l’histoire » semble sou rir aujourd’hui d’une mauvaise réputation. Le présent volume vise moins à la réhabiliter en bloc qu’à en réexaminer dans le détail l’actualité – ou l’inactualité intempestive – à partir de ses sources et ressources philosophiques allemandes. Si les sources de la pensée historique moderne sont tout autant françaises et britanniques, la tradition de la Geschichtsphilosophie se caractérise à la fois par sa longévité, sa richesse, et par les multiples retournements qu’elle aura connus. De sa naissance à la n du xviiie siècle, avec les Lumières et l’idéalisme, à ses tergiversations et remises en question radicales dans la première moitié du xxe siècle, la philosophie allemande de l’histoire s’est en e et déclinée au pluriel. Portée sur les fonts baptismaux par les catégories de « progrès », d’« évolution » et de « raison », la pensée classique de l’histoire s’est vue dans l’aire germanophone contestée par autant de contre-, voire d’anti-, philosophies de l’histoire, au regard du « déclin », de la « catastrophe » et de la « barbarie » qu’elle charriait avec elle. Mesurer pour notre temps la di culté de dire dé nitivement « adieu à la philosophie de l’histoire » est ce à quoi invite chacune des contributions ici reprises, dans l’idée résolument ouverte que « l’histoire proclame sans cesse des vérités neuves » (Nietzsche).