Traditionnellement, l’histoire de la lecture considère que s’opère, à la fin du Moyen Âge, l’évolution unidirectionnelle d’une lecture à voix haute vers une lecture silencieuse, d’une lecture collective et sociale vers une lecture individuelle. Cette perspective se base sur l’idée implicite qu’un développement de la lecture silencieuse entraîne nécessairement une régression des pratiques de lecture orale collective. Selon nous, cette conceptualisation dichotomique a longtemps imposé une interprétation restrictive des témoignages textuels en incitant les chercheurs à sous-estimer la place de la lecture publique. Nous reconsidérons d’abord la validité de la distinction « oral/silencieux », jugée jusqu’à présent utile pour différencier les modes de lecture à la fin du Moyen Âge. En effet, ce critère en cacherait un autre, avec lequel il ne se superpose pas toujours : la lecture pour soi, par rapport à la lecture partagée. Nous mettons ensuite en lumière quelques scènes de lecture rapportées dans la littérature des XIV?e et XV?e siècles. Celles-ci tendent à montrer que la lecture partagée de littérature écrite représentait non pas la survie de pratiques primitives, mais une composante essentielle de la réception des textes de la fin du Moyen Âge.
Haug, H. (2009). Le passage de la lecture oralisée à la lecture silencieuse : un mythe ? Le moyen français : revue d’études linguistiques et littéraires, 65, 1-22. https://hdl.handle.net/2078.5/45895 (Original work published 2009)