Cet article souhaite démontrer que les arrêts récents rendus par la Cour de Justice de l’Union européenne entre 2007 et 2008 (arrêts Viking et Laval) dans le domaine des relations collectives du travail et qui aboutissent à encadrer et limiter fortement la possibilité de mener une action de grève à dimension transnationale ne sont pas une aberration inexplicable, sorte de coup de tête de la part des juges européens. Ils s’inscrivent au contraire dans un lent cheminement de réformes très cohérentes entreprises par l’Union européenne dans le domaine social depuis la mise en place du marché intérieur en 1985. Notre hypothèse est de considérer que la cohérence de l’ensemble de ces réformes débouche sur un changement radical de régime politique où la possibilité de l’expression du conflit social entre capital et travail, principalement par la grève, deviendra impossible. En effet les idéologies politiques qui nourrissent ces réformes, l’idéologie de la gouvernance technocratique et l’idéologie du libéralisme économique, délégitiment le conflit social. Après avoir rappelé ce que furent les décisions de la Cour européenne dans les arrêts cités ci-dessus, nous expliquerons de façon synthétique les grands traits de ces idéologies anti-conflit. Ensuite, nous montrerons comment ces contraintes idéologiques ont transformé en profondeur tant l’imaginaire de ce que doit être un système de relations professionnelles que l’imaginaire du rôle et du contenu de la politique sociale. Dans une dernière partie, nous montrerons enfin, que sur la base des explications précédentes, l’article 28 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne qui mentionne l’existence d’un droit de grève n’est en rien une protection pour l’exercice de celui-ci.
Dufresne, A., & Gobin, C. (2010). Union europea : el derecho civil contra el derecho salarial. Revista Latinoamericana de Estudios del Trabajo, II epoca(23-24), 43-60. https://hdl.handle.net/2078.5/32411 (Original work published 2010)