La thèse porte sur les pratiques thérapeutiques dites «traditionnelles» ayant cours dans les sociétés occidentales contemporaines à partir d'une enquête ethnographique menée en Wallonie. Plus précisément, elle aborde les «représentations de l'invisible» telles qu'elles se manifestent dans ces pratiques. A ce titre, elle accorde une grande importance aux données récoltées essentiellement par observations directes auprès d'informateurs «privilégiés». Les objectifs visés par cette enquête étaient, notamment, de mieux saisir l'ensemble de ces pratiques telles qu'elles se donnent à voir aujourd'hui et de les re-situer dans le cadre d'une anthropologie médicale et de la maladie. Les pratiques concernées constituent ce qu'il est aujourd'hui convenu d'appeler «l'ethnomédecine» de la société wallonne, c'est-à-dire l'ensemble des pratiques «populaires» de prise en charge de la maladie et leurs manifestations «évoluées», à savoir, l'utilisation des «recettes» de la médecine domestique, le recours aux saints guérisseurs, aux fontaines et aux arbres, la consultation des guérisseurs et le traitement du malheur biologique dans le registre de la sorcellerie. En toile de fond à ce travail, se trouve une analyse de la logique qui détermine le processus de recours aux divers services de soins offerts en contexte de pluralisme médical. Cette logique est en grande partie influencée par divers facteurs sociaux tels l'influence des proches, la signification attribuée à la maladie, les valeurs ou l'idéologie. Les constats auxquels aboutissent cette analyse montrent que la juxtaposition de méthodes thérapeutiques différentes dans les sociétés occidentales modernes soulève des questions aussi pertinentes que celles qui ont été posées par l'anthropologie classiques dans les sociétés «traditionnelles». La première partie du travail présente une description sociologique des usagers de ces pratiques de soins et une analyse de leurs «itinéraires thérapeutiques». Les cas exemplaires exposés révèlent, d'une part, l'organisation des différents recours thérapeutiques et, d'autre part, l'importance du rôle de l'entourage dans les processus de décision. Dans les chapitres qui suivent, il est proposé une catégorisation des praticiens rencontrés au cours de l'enquête (signeurs, radiesthésistes, géobiologues, désorceleuses) et un exposé de leurs pratiques respectives. Chaque catégorie de pratiques est traitée séparément, en montrant cependant qu'elles ne sont jamais tout à fait étanches mais permettent d'envisager séparément les différents types de réponses élaborées par les usagers et les guérisseurs selon les interprétations étiologiques des symptômes à traiter. En conclusion, un pont est jeté entre ces pratiques traditionnelles et leur ré-interprétation dans le mouvement social d'engouement pour les médecines alternatives qui partagent un langage commun avec les nouvelles formes sous lesquelles se laissent appréhender ces pratiques thérapeutiques. ...
Schmitz, O. (2004). Les soins par l’invisible : enquête sur les pratiques thérapeutiques “traditionnelles” en Wallonie contemporaine. https://hdl.handle.net/2078.5/44539