Peut-on former des hommes et des femmes à la prise de décision ? L’art politique peut-il être éclairé par la connaissance ou relève-t-il d’une simple praxis ? Transposées dans nos contextes ecclésiaux, ces questions posées par Platon dans la République, interrogent le rapport entre l’exercice du pouvoir et la construction du savoir. N’en déplaise à Platon, les philosophes ne gouvernent pas nos démocraties, et ce ne sont pas les théologiens qui gouvernent l’Église mais des ministres ordonnés, certes formés à la théologie mais non pas tous théologiens. Pourtant à l’heure de la réception des orientations du synode sur la synodalité resurgit le problème de la formation à l’exercice du pouvoir. En effet le document final souligne l’importance « d'offrir des opportunités de formation qui diffusent et nourrissent une culture de discernement ecclésial pour la mission, en particulier chez ceux qui occupent des postes de responsabilité » ; la synodalité implique des acteurs informés et avertis afin de pouvoir exercer un authentique discernement, mais également un savoir-être synodal qui passe par une « formation au style synodal de l’Église ». Mais tout aussitôt il précise des modalités pour « une formation intégrale, continue et partagée (…) à laquelle participent ensemble hommes et femmes, laïcs, consacrés, ministres ordonnés et candidats au ministère ordonné, permettant ainsi de grandir dans la connaissance et l’estime réciproques, et dans la capacité à collaborer. » Si tous les membres du peuple de Dieu n’ont pas reçu la même formation en théologie, tous pourtant sont appelés à convertir leurs pratiques. La théologie pratique pourrait permettre de former ensemble ces hommes et ces femmes à l’exercice de la responsabilité en commun. Ces dernières décennies des laïcs, hommes et femmes, de plus en plus nombreux se voient confier des responsabilités importantes au service du gouvernement des diocèses : membres de conseils diocésains ou engagés dans les conseils épiscopaux « au cœur du réacteur », délégué général ou délégué épiscopal en collaboration immédiate avec l’évêque dans la prise de décision, leur présence est un signe des transformation en cours dans une Église synodale où tous les baptisés sont appelés à s’impliquer davantage. Mais ces acteurs nouveaux ne sont pas toujours formés à exercer ces responsabilités nouvelles dans le gouvernement des diocèses. Collaborateurs des évêques, ils n’ont pas tous suivi le même parcours de formation en théologie que leurs collègues vicaires généraux et épiscopaux mais s’appuient sur une expérience professionnelle et pastorale qui contribue à leur légitimité.
Florin, M. A. (2025). Former les acteurs et actrices pour une Église synodale. In Vilas Boas, Susana (coord.) (ed.), Théologie Pratique : Interconnexions, Dialogues et Recherche. Academic Press Fribourg.