Les interruptions de grossesse pour raison médicale ont augmenté avec le développement des techniques de diagnostique prénatal. La majorité des procédures ont lieu au deuxième et au troisième trimestre de la grossesse et nécessitent un protocole plus long et plus douloureux qu’un curetage utérin. Les interruptions de grossesse pour raison médicale tardives sont équivalentes à un travail obstétrical induit (par une administration intravaginale, puis orale de misoprostol) et presque toujours augmenté (par administration intraveineuse d’ocytocine). À la souffrance psychologique s’ajoute une douleur physique importante. Les anesthésistes jouent un rôle dans la prise en charge de ces patientes en proposant des techniques analgésiques adaptées et efficaces, comme pour la prise en charge d’une douleur aiguë obstétricale. L’analgésie péridurale est la plus efficace et peut être utilisée lors du fœticide et en cas de rétention placentaire nécessitant une révision utérine. Les solutions analgésiques et le mode d’administration diffèrent peu de ceux d’un travail obstétrical normal. Les doses d’anesthésique local peuvent s’avérer plus importantes. La clonidine pourrait être un adjuvant périmédullaire utile, mais son utilisation n’est pas généralisée. En raison du refus de la parturiente ou plus souvent pour des raisons d’ordre médical, telles que désordres d’hémostase (en cas de mort in utero) et infections (chorioamnionite), l’analgésie péridurale peut ne pas être réalisable. L’alternative est l’analgésie intraveineuse autocontrôlée. L’opiacé de choix est le rémifentanil. Si le risque de dépression respiratoire ne se pose pas pour le nouveau-né, le risque maternel nécessite le même monitoring que lors d’un travail normal. Les anxiolytiques sont régulièrement utilisés lors des interruptions de grossesse pour raison médicale. Les agonistes ⍺2-δ des canaux calciques (prégabaline) semblent plus efficaces que les benzodiazépines.
Lavand’homme, P. (2011). Anesthésie pour interruption médicale de grossesse. Le Praticien en Anesthesie Reanimation, 15(5), 315-319. https://doi.org/10.1016/j.pratan.2011.10.002 (Original work published 2011)