J. Broekman n'a eu de cesse de dénoncer au coeur même de la théorie positiviste du droit la prégnance d'un modèle de rationalité resté prisonnier de la théorie de la vérité-correspondance. Cette critique, par bien des aspects, recoupe les critiques déconstructionnistes issues de la phénoménologie heideggerienne. Elle explique aussi la suspicion que son auteur partage avec nombre de communautariens contemporains à l'égard des réinterprétations procédu¬rales du projet moderne de la raison que certains, dont nous sommes, proposent pour rencontrer la crise de nos Etats sociaux. Dans les réflexions qui suivent, nous voudrions montrer en quoi notre hypothèse de la "procéduralisation cognitive", différente tant de celle de Habermas que de celle de N. Luhmann, prolonge cependant la critique épistémologique que J. Broekman adresse au projet du positivisme formaliste. Nous voudrions en effet tenter de montrer en quoi la pensée juridique moderne est restée attachée à une auto-compréhension "formaliste" de la rationalité. De ce fait, elle méconnaît la "dynamique" de la raison qui est à l'œuvre dans la formalisation elle-même et que le projet de la modernité appelle et implique. Bien plus, nous esquisserons en finale en quoi la mise en lumière de cette dynamique de la raison permet d'éclairer d'un jour nouveau les évolutions qui se font jour dans l'organisation de nos systèmes juridiques démocratiques.
Lenoble, J., & et al. (1996). La rationalité du droit la dynamique de la raison. In F. FLEERACKERS, E. VAN LEEUWEN and B. VAN ROERMUND (eds), (ed.), Law, Life and the Images of Man: Fetschrift for Jan Broekman (p. p. 491-520). Duncker und Humblot. https://hdl.handle.net/2078.5/38979