Usages des réseaux socio-numériques au Parlement européen : entre permanence et reconfiguration des pratiques politiques et des activités de médiatisation des députés européens

(2016) Journées d’étude COMPOL-AFSP (Association française de Science Politique) — Location: Sciences-Po Toulouse (5.September.2016)

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La proposition s’intéresse aux usages des dispositifs de réseaux socio-numériques par les députés européens et propose pour se faire de mettre la pratique des acteurs au centre de l’analyse. Selon Domenget, « la position critique développée par la sociologie des usages consiste en une mise à distance du discours spontané ou promotionnel » (2013, p.52). Il convient donc de procéder à la déconstruction des discours promotionnels portés par toute une série d’acteurs suivant l’approche critique proposée par Coutant et Domenget (2012) ; ces discours sont nombreux qui célèbrent le potentiel démocratique, médiatique et politique des réseaux socio-numériques. Ils prennent un écho particulier à l’échelle des institutions européennes qui sont généralement présentées comme éloignées des citoyens et souffrant d’un « déficit » de communication. Il n’est pas question ici d’adhérer ni même de discuter une approche qui peut paraître normative à de nombreux égards, mais plutôt de rappeler le contexte qui est celui des acteurs étudiés, et notamment l’injonction qui leur est faite de communiquer sur les réseaux socio-numériques. Notre recherche est au long cours. Elle a débuté en 2009, alors que nous étions encore assistante parlementaire accréditée d’un député européen français, et continue au moment de rédiger cette proposition. Les différents questionnements qui ont motivé la recherche et le changement de statut de son auteure, qui après avoir travaillé huit ans dans le champ politique européen a rejoint le monde universitaire à plein temps, ont nécessité de diversifier les méthodes de collecte et d’analyse de données. A la « participation observante » (Soulé, 2007) des premiers temps (2009-2012) s’est ajoutée la conduite d’entretiens semi-directifs (2009-aujourd’hui), ainsi que la collecte de données en ligne (2009-aujourd’hui), avec une extraction systématique des tweets des députés européens belges, britanniques et français (octobre 2013-aujourd’hui). La période couverte intègre le temps de l’élection et le temps du quotidien politique. Si l’accès au terrain de recherche est désormais plus difficile car, comme le souligne Weisben à propos de « l’objet UE », les lieux où peuvent « se dérouler les interactions les plus intéressantes sont relativement inaccessibles au chercheur » (2011, p.275), il n’en demeure pas moins que nous bénéficions toujours d’une certaine proximité avec le terrain étudié. Nous proposons d’axer notre communication sur différents points qui nous semblent contribuer à la réflexion sur les usages et la légitimation de la médiatisation en politique et répondre en ce sens à l’appel à communication. (1) La reconfiguration de l’espace-temps politique et médiatique Rémi Lefevbre constate que « le travail de représentation politique s’opère dans un espace-temps qui structure fortement les pratiques des élus » (2014, p.123). Nous souhaitons ici non seulement aborder la question des différentes temporalités auxquelles sont soumis les députés européens, les réseaux socio-numériques pouvant être ici envisagés comme des perturbateurs du temps politique favorisant l’imbrication des temps médiatique et politique, mais également la question de l’espace : notre ethnographie au Parlement européen a en effet mis en lumière une forme de disjonction entre le « dehors » et le « dedans » de l’institution parlementaire, pour parler simplement. Autrement dit, ce que les dispositifs de réseaux socio-numériques donnent à voir des députés européens ne dit pas grand chose, ou du moins ne dit pas tout, des positionnements d’acteurs au sein de l’institution et du temps politique qui est le leur. A titre d’illustration, si quatre députés ont pu en 2010 tenté de mettre en avant leur expertise des réseaux socio-numériques pour se distinguer et se positionner dans l’institution (Roginsky & Jeanne Perrier, 2014), leur parcours montre que cette stratégie n’a généralement pas permis de gagner en termes de position et de légitimité au sein de l’institution. Notre propre « participation observante » entre 2009 et 2012 dans un bureau de député européen est à ce titre intéressante puisque les stratégies médiatiques étaient un objet de discussion récurrent, les dispositifs de réseaux socio numériques jouant un rôle très marginal. En ce sens, nous pourrons, à l’échelle du cas présenté, montrer la centralité de la dimension médiatique dans l’action politique quotidienne – même si celle-ci ne détermine pas l’ensemble des actions engagées – et surtout la manière dont celle-ci s’articule avec les autres dimensions de l’activité politique. (2) Le « petit monde » des réseaux socionumériques S’il n’est pas ici question de revenir en détail sur la nature des dispositifs de réseaux socio-numériques, l’analyse sociologique des usages politiques de ces dispositifs gagne néanmoins à intégrer une approche socio-technique des dispositifs médiatiques. En effet, dès lors qu’il s’agit de comprendre si les dispositifs de réseaux socio-numériques peuvent être envisagés comme des outils de fabrication d’un capital médiatique, il convient de s’intéresser à l’espace médiatique spécifique qu’ils font émerger et à l’espace transmédiatique qu’ils intègrent mais aussi à la manière dont ils sont configurés et configurent ces mondes médiatiques. En ce sens, il nous semble que ces dispositifs, et nous pensons ici en particulier aux plateformes Twitter et Facebook, ne bouleversent pas fondamentalement les relations entre journalistes et politiques. Nous montrerons au contraire que les usages des dispositifs de réseaux socio-numeriques stimulent plutôt qu’ils ne découragent la proximité entre les mondes politiques et les mondes journalistiques. Dans le cas des institutions européennes, cela prend une dimension particulière puisque l’entre soi agrège une multitude d’acteurs - élus et responsables politiques, collaborateurs politiques, fonctionnaires, journalistes, « entrepreneurs de la cause européenne » (Aldrin et Dakowska, 2011) - et la production de contenu y est d’ailleurs co-construite, notamment sur les dispositifs de réseaux socionumériques. S’il est possible d’identifier une forme de « capital médiatique 2.0 », celle-ci reste cependant circonscrite, pour ne pas dire confinée, à la « bulle bruxelloise » – comme il est courant d’entendre nommer le monde qui englobe « les diverses catégories d’acteurs oeuvrant pour la légitimation de l’ordre européen » (Aldrin et Dakowska, 2011). (3) Fabrication et production de soi sur les réseaux socionumérique : une typologie heuristique des « figures » types de députés européens Nous concluerons la présentation en revenant aux députés européens et en nous arrêtant sur la manière dont les usages des dispositifs de réseaux socio-numériques s’intégrent dans les dispositifs de communication et dans la division du travail au sein de leurs équipes. Il s’agit ainsi de saisir si ceux-ci reconfigurent, au moins en partie, les répertoires d’action. Nous pouvons ici distinguer le temps du quotidien politique et le temps de l’élection (élection interne au sein du parti ou élection au suffrage universel) car les modalités de présentation de soi ne sont pas nécessairement les mêmes (Roginsky & De Cock, 2015). S’il n’est pas toujours aisé de démontrer que les usages des dispositifs rédéfinissent la construction des rôles politiques, il est néanmoins possible de mettre en avant des « ethos » qui peuvent émerger sur les dispositifs. Il est utile de mettre ces observations en résonnance avec les représentations que les députés européens et leurs collaborateurs ont des publics à qui ils pensent ou souhaitent s’adresser sur les dispositifs (Roginsky & Huys, 2015) puisque celles-ci témoignent des rôles qu’ils assignent aux réseaux socio-numériques dans une visée à la fois politique et médiatique.
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Roginsky, S. (2016). Usages des réseaux socio-numériques au Parlement européen : entre permanence et reconfiguration des pratiques politiques et des activités de médiatisation des députés européens. Journées d’étude COMPOL-AFSP (Association française de Science Politique), Sciences-Po Toulouse. https://hdl.handle.net/2078.5/67108