(fr) À partir des années 1960, le philosophe Louis Althusser (1918-1990) commence à se réclamer de la philosophie de Spinoza (1632-1677) pour repenser les outils théoriques issus du marxisme. Mais comment la référence à un philosophe hollandais du XVIIe siècle en est-elle venue à s’imposer à un philosophe français de la seconde moitié du XXe ? Quels sont les enjeux et les effets de cette relecture ? Cette thèse propose ainsi de répondre à la question « qu’est-ce que pratiquer la philosophie en spinoziste après Althusser ? » en trois temps : 1) reconstruire la genèse du spinozisme d’Althusser ; 2) montrer la consistance de la pensée d’Althusser autour du référent spinoziste ; 3) mettre au jour les enjeux éthico-politiques trop souvent méconnus de ce spinozisme « théoriciste » d’Althusser. Ce spinozisme apparaît alors comme manière inédite de problématiser le rapport entre savoir et émancipation sur un mode qui ne soit pas celui d’un discours ontologique visant l’identification du sujet au lieu de la vérité, mais soit plutôt conçu comme stratégie collective de dessaisie de soi comme sujet dans un processus de pratique théorique acentré, asubjectif et déspécularisant par production de concepts complexes et supplémentaires. À rebours de l’image d’un Althusser s’efforçant de fonder philosophiquement la scientificité du marxisme afin de garantir la justesse de la politique communiste, nous montrons en quoi le devenir-spinoziste d’Althusser arrache du même coup Spinoza à son image d’Épinal de penseur dogmatique de l’identité en Dieu, pour en faire l’auteur d’une philosophie de l’hétérogène, l’agent « anti-humaniste » d’une critique de dissolution des attachements fixistes à la répétition du Même supposé garantir l’identité subjective dans l’action historique, et en appelant à la constitution d’une nouvelle pratique de la philosophie comme opération de désubstantialisation des identités et de déspécularisation du rapport subjectif à l’histoire.