Scénographie du pouvoir augustéen dans les monuments de Rome

(2015) Journée d’études « Tite-Live ou les formes de la mémoire », organisée dans le cadre du Séminaire CRHIA de l’Université de Nantes — Location: Nantes (13.February.2015)

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À la fin de guerres civiles et une fois consolidé son pouvoir institutionnel, entre 31 et 27 av. J.-C., Imperator Caesar Diui f. Augustus dominait toute l’arène politique et pouvait sans souci se lancer dans la transformation architecturale et dans le développement urbanistique de Rome. C’est la mise en chantier de projets édilitaires grandioses, répartis dans l’ancienne et chaotique ville républicaine : l’objectif est évident au fil des années, il s’agit de reconstruire la quasi-totalité des temples, de les embellir, mais surtout de doter l’Vrbs de nouveaux bâtiments publics destinés à soutenir la nouvelle idéologie du pouvoir. L’on érigea sur le Champs de Mars (Campus Martius) pas moins de deux théâtres, le premier (13-11 av. J.-C.) dédié à Marcellus (neveu et beau-fils d’Auguste) et le second (13 av. J.-C.) à Balbus (un partisan de l’empereur) ; mais dans la même région le Princeps promut la construction d’un monumental mausolée dynastique, ainsi que de très nombreux aedes, porticus et complexes thermaux, sans oublier la création d’un énorme lac artificiel. En revanche, le majestueux autel de la Paix (Ara Pacis) fut quant à lui dédié par le Sénat. Auguste restaura le Forum Romanum et compléta le Forum de César, les mettant en rapport spatial l’un à l’autre, mais surtout les annexant au nouvel et gigantesque espace public qui prit le nom d’Auguste même. La colline du Palatin (Palatinus mons) vit la construction de nouveaux édifices, dans un système de rapports spatiaux qui annexait les résidences privée et publique d’Auguste à des terrasses, temples et bâtiments administratifs édifiés pour la gestion de la machine impériale. Le Circus Maximus fut rendu encore plus monumental par ses décors (cf. l’obélisque d’Héliopolis daté de l’époque de Ramsès II, et qu’Auguste fit dresser au milieu de la spina du cirque) ; il ordonna encore de construire une Naumachia (bassin pour des batailles navales simulées) dans la regio Transtiberim (le district urbain « au-delà du Tibre »). Pour la première fois dans l’histoire de Rome, furent construites des bibliothèques « publiques ». Parallèlement la ville, qui à l’époque pouvait accueillir un million d’habitants environ, fut aussi réorganisée dans son administration et le nombre de régions (regiones), constituées de 265 districts (vici), passa de 4 à 14. En 6 ap. J.-C., Auguste mit en place un corps de pompiers/policiers (vigiles) pour prévenir et éteindre les incendies fréquents dans la ville et aussi pour le maintien de l’ordre public durant la nuit : ce corps était constitué d’un effectif de 7.000 hommes divisés en sept unités ou cohortes. Le Tibre fut également enrégimentée et son lit dragué. De nouveaux aqueducs desservirent Rome et un vaste réseau d'égouts complètement réaménagé, contribua à améliorer l’hygiène publique, qui était alors assez mauvaise. Suétone (Auguste, 30) donne le récit suivant de l'œuvre accomplie à Rome par le premier empereur : SPATIUM URBIS IN REGIONES UICOSQUE DIUISIT INSTITUITQUE, UT ILLAS ANNUI MAGISTRATUS SORTITO TUERENTUR, HOS MAGISTRI E PLEBE CUIUSQUE UICINIAE LECTI. ADUERSUS INCENDIA EXCUBIAS NOCTURNAS UIGILESQUE COMMENTUS EST; AD COERCENDAS INUNDATIONES ALUEUM TIBERIS LAXAUIT AC REPURGAUIT COMPLETUM OLIM RUDERIBUS ET AEDIFICIORUM PROLATIONIBUS COARTATUM. QUO AUTEM FACILIUS UNDIQUE URBS ADIRETUR, DESUMPTA SIBI FLAMINIA UIA ARIMINO TENUS MUNIENDA RELIQUAS TRIUMPHALIBUS UIRIS EX MANUBIALI PECUNIA STERNENDAS DISTRIBUIT. AEDES SACRAS UETUSTATE CONLAPSAS AUT INCENDIO ABSUMPTAS REFECIT EASQUE ET CETERAS OPULENTISSIMIS DONIS ADORNANT… « Auguste divisa Rome par sections et par quartiers. Les magistrats annuels furent chargés de tirer au sort la garde des sections, et le soin des quartiers fut confié à des inspecteurs, choisis dans le voisinage. Il établit contre les incendies des sentinelles qui veillaient pendant la nuit. Pour prévenir les inondations du Tibre, il en élargit et en nettoya le lit qui depuis longtemps était encombré de ruines et rétréci par la chute des édifices. Afin de rendre l'accès de Rome plus aisé, il se chargea de réparer la voie Flaminienne jusqu'à Rimini, et voulut que chaque citoyen honoré d'un triomphe employât à la construction des autres routes, les fonds provenant de leur part de butin. Il releva les temples qui étaient tombés de vétusté ou consumés par des incendies, et les orna, ainsi que les autres, des plus riches présents… ». Telle était la ville qui entourait Tite-Live, une ville en perpétuelle transformation pour devenir digne de son rôle de capitale de l'Empire
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Cavalieri, M. (2015). Scénographie du pouvoir augustéen dans les monuments de Rome. Journée d’études « Tite-Live ou les formes de la mémoire », organisée dans le cadre du Séminaire CRHIA de l’Université de Nantes, Nantes. https://hdl.handle.net/2078.5/61782