La tradition iconographique dans les manuscrits et les éditions imprimées : le cas de la traduction française de Valère Maxime par Simon de Hesdin et Nicolas de Gonesse (ca. 1375-ca. 1524)
Vers 1375, la traduction de l' uvre de Valère Maxime fut entamée sur l'ordre du roi de France Charles V par Simon de Hesdin, un Hospitalier de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem. Celui-ci n'acheva cependant pas sa tâche puisqu'il arrêta sa traduction au quatrième chapitre du septième livre, sans doute en raison de la mort de Charles V, son commanditaire, en 1380 ou de sa propre santé défaillante puisqu'il décéda en 1383. Ce ne sera que presque vingt ans plus tard, vers 1400, que Nicolas de Gonesse acheva la traduction à l'instigation du duc Jean de Berry. Simon de Hesdin et Nicolas de Gonesse ont tous deux travaillé dans une même optique, à savoir permettre au lecteur d'avoir une meilleure compréhension d'un texte relatant des évènements historiques de l'Antiquité, et faisant appel à des concepts qui ne leur étaient pas familiers, en y ajoutant un long commentaire. Ce commentaire bien fourni double la longueur du texte par rapport à l' uvre originale. Autant Simon de Hesdin que Nicolas de Gonesse ajoutèrent des anecdotes relatant des faits plus récents ou qui n'étaient pas connus de Valère Maxime. L'examen du corpus iconographique réuni a révélé, dans la plupart des cas, une association étroite entre l'image et le texte. Outre la fonction esthétique évidente des illustrations et leur fonction de contrepoint visuel au récit, les scènes ont une fonction structurelle. Elles soulignent généralement l'articulation en livres ou en chapitres de l'oeuvre. Les anecdotes illustrées sont souvent rapidement accessibles dans le texte. L'étude de la diffusion de l'iconographie a permis de mettre en lumière des liens entre les manuscrits. On peut en effet mettre en exergue des structures réunissant des manuscrits présentant une iconographie identique. Diverses filières iconographiques ont ainsi pu être mises en évidence. Dans cette optique la création de l'illustration du premier exemplaire illustré d'un texte, s'il est conservé, est importante. Le cas de la traduction française de Valère Maxime est assez particulier puisque deux exemplaires de dédicace sont conservés. Si l'iconographie de l'exemplaire de dédicace des quatre premiers livres (Paris, BN, fr. 9749) ne semble pas avoir eu de postérité, celle de l'exemplaire de dédicace du texte complété destiné au duc de Berry (Paris, BN, fr. 282) montre une diffusion complexe, faite, entre autres, de remplacements de certaines illustrations par celles provenant d'un cycle antérieur qui s'est diffusé un peu avant 1400. Ceci montre l'influence importante d'un cycle iconographique mis en place dès les premières années de l'histoire de la diffusion du texte. L'étude des structures iconographiques homogènes a pu mettre en lumière des répartitions géographiques, c'est-à-dire qu'une filière a pu se développer en un endroit précis ou, au contraire, s'être propagée dans diverses régions. Dans ce dernier cas, les raisons du déplacement géographique d'une filière, qu'elles soient historiques, sociales ou économiques, ont parfois pu être appréhendées à travers certains indices. Il en est de même pour les répartitions chronologiques. L'apparition de l'imprimerie dans la seconde moitié du 15e siècle et sa diffusion rapide a permis la coexistence de deux modes de diffusion des textes. Pour cette raison, même si pendant longtemps ces deux domaines ont été étudiés de façon séparée, il a semblé essentiel d'aborder l'étude des éditions imprimées du texte en même temps que celle des manuscrits contenant celui-ci. Des relations étroites entre la production des manuscrits et des incunables ont ainsi été mises en évidence. Il est apparu dans notre thèse que les liens entre un texte et son iconographie sont complexes. Leur étude amène à des conclusions intéressantes non seulement pour la connaisance de la diffusion des textes dans les manuscrits et les éditions mais également pour celle de divers domaines connexes, tels le commerce du livre, l'histoire intellectuelle d'une période donnée ou encore certains liens sociaux entre les artisans du livre
Dubois, A. (2008). La tradition iconographique dans les manuscrits et les éditions imprimées : le cas de la traduction française de Valère Maxime par Simon de Hesdin et Nicolas de Gonesse (ca. 1375-ca. 1524). https://hdl.handle.net/2078.5/71676