Objectif : <BR> La pénurie actuelle de greffon en vue d’une transplantation amène à considérer l’utilisation de greffons provenant de donneurs « marginaux ». Dans cette catégorie, les victimes d’intoxication représentent probablement une minorité. Cependant, l’analyse de la littérature récente montre qu’un certain nombre de transplantations ont pu être réalisées avec succès en utilisant des greffons provenant de donneurs intoxiqués par différents agents médicamenteux ou de l’environnement. Notre hypothèse de travail est que ces donneurs potentiels sont souvent exclus prématurément pour diverses raisons mais notamment à cause de la méconnaissance des effets toxiques sur la fonction des organes. Ce travail a pour but de présenter une expérience de 9 ans dans une institution universitaire qui permet de proposer une ligne de conduite. <BR> Matériel et méthodes : <BR> De janvier 1989 à décembre 1997, 864 greffons ont été obtenus à partir de 293 donneurs dans la région de recrutement de notre institution. Parmi ces 293 donneurs, 21 (7%) ont développé un tableau clinique de « mort cérébrale » après une intoxication aiguë. Le diagnostic de « coma dépassé » a été établi sur des critères cliniques et neurophysiologiques, avec une approche originale par l’utilisation comme examen de premier choix des potentiels évoqués réalisés selon trois modalités (visuelles, auditives et somesthésiques). Les substances toxiques incriminées incluaient : méthaqualone, benzodiazépines, antidépresseurs tricycliques, barbituriques, insuline, monoxyde de carbone, cyanure, paracétamol, méthanol. Au total, 58 greffons ont pu être prélevés : 39 reins, 6 cœurs, 2 poumons, 9 foies, 2 pancréas. <BR> Résultats : <BR> Les résultats ont été analysés en terme de mortalité postopératoire, survie du receveur à 1 an, 5 ans, et survie du greffon. <BR> Une comparaison avec les données obtenues chez des donneurs non intoxiqués montre un taux de succès similaire. Il est capital de noter que dans cette série, ni la mortalité ni la morbidité ne peuvent être mises en relation avec l’origine « toxique » du greffon. <BR> Discussion : <BR> Les données de la littérature concernant des cas d’intoxications entraînant la mort cérébrale et permettant ultérieurement un prélèvement d’organes sont encore très fragmentaires. Le premier obstacle à vaincre est celui du diagnostic de certitude de la « mort cérébrale ». Notre approche neurophysiologique a permis de répondre aux critiques adressées à certaines techniques (EEG) pouvant donner des résultats équivoques en cas d’intoxication. La décision de prélèvements d’organes doit être pluridisciplinaire. Pour le toxicologue clinicien, la connaissance des organes-cibles des intoxications est primordiale, elle repose sur des données expérimentales et cliniques. L’étude des relations toxicocinétiques-toxicodynamiques doit également permettre de minimiser les risques. Des critères de prélèvements en fonction des toxiques et des organes peuvent alors être proposés
Affiliations
UCLouvainMD/MED/MINT/REAN - Unité de réanimation et de soins intensifs
Citations
APA
Chicago
FWB
Hantson, P.-E. (1999). Organ procurement from poisoned donors. https://hdl.handle.net/2078.5/111048