L'idée que l'école puisse discriminer, et plus encore qu’elle puisse être un lieu de (re)production du racisme n'est pas aisément admise, en France. La conception dominante veut qu’elle en soit préservée, par ses valeurs et par l’engagement moral de ses agents, qu’elle reflète tout au plus une société inégalitaire, et soit, au pire et malgré elle, parfois perméable à des manifestations individuelles de racisme ou de discrimination qui lui seraient foncièrement exogènes. Pourtant, les travaux en matière de ségrégation socio-ethnique ont montré que la face scolaire du problème n’est pas un simple décalque de la ségrégation urbaine, elle la renforce selon des logiques et dynamiques propres à l’école. De même, de nombreux travaux sur l’ethnicité dans l’espace scolaire montrent combien elle prend place et sens dans l’ordre scolaire, jusqu’à parfois découler des pratiques de gestion qui se revendiquent des « valeurs de la république ». La production des hiérarchies comme des identités sociales (ethnique et religieuse, mais aussi de classe, de genre...) doit beaucoup à l’école - à son ordre, son organisation, son fonctionnement et les pratiques les plus micro- et courantes de ses agents. Mais cette réalité peine à se faire entendre dans l’institution. Cet article veut montrer, d'une part, comment l’antiracisme scolaire empêche plus qu’il ne favorise la reconnaissance du problème, et d'autre part, les effets du déni du racisme et des discriminations raciales sur l’expérience de l’école des élèves racisé.e.s, ainsi que les difficultés de celles et ceux-ci à faire entendre leur voix.
Dhume, F. (2019). Pour une reconnaissance du racisme et des discriminations raciales à l’école. Raison Presente, 3(211), 17-25. https://hdl.handle.net/2078.5/100858 (Original work published 2019)