En France, la redécouverte de la philosophie politique de Fichte au début des années 80 est liée à une interrogation sur la place de la production des savoirs dans la société et à une crise du rôle de l’université et de l’enseignement de la philosophie dans un tel contexte. Alors que le modèle de la société néo-libérale commence à s’imposer comme voie de l’existence démocratique au sortir de la crise des années 70, deux voies mettent en question l’intérêt d’une philosophie de l’action sociale et des mouvements politiques pour construire une société juste : la première est la voie analytique et sa pragmatique des actes de langage qui tente de déterminer ce que signifie « suivre une règle » en réduisant l’action à une visée d’ajustement du monde au langage. La deuxième est la voie herméneutique fixée sur le pouvoir sémantique de l’interprétation et suivant lequel la frontière entre acteurs et spectateurs des systèmes de sens s’efface progressivement au profit d’une permanente co-élaboration des significations par la communauté morale. ... Entre l’éthique déontologique des codes de bonne conduite pour communautés de langage et l’éthique des valeurs morales multipliant les redescriptions du monde commun pour élargir le sens de la justice, la philosophie de l’action sociale semblait devenue obsolète. Elle avait perdu sa propre raison d’être et sa légitimité.
Maesschalck, M. (2010). L’impact du fichtéanisme en théorie de l’action et du sujet. Historique d’une recherche collective (Les Carnets du Centre de Philosophie du Droit 150). https://hdl.handle.net/2078.5/157559