Ce que l'on peut observer dans la régulation juridique des religions et des philosophies en Belgique prend ses racines dans une tension originelle du processus constitutionnel belge et ne peut se comprendre que par une évolution lente de ces structures catho-laïques. Les acteurs nouveaux entrants, et notamment l'islam, se présentent comme un troisième joueur qui peine à trouver ses marques dans les tensions historiques du système et qui constitue à leur égard un défi complexe, qu'il s'agisse du pilier religieux ou du pilier laïque. La transformation des grands enjeux sociétaux est parfois l'occasion de construire des expériences dépourvues d’antécédents pilarisés, comme c'est le cas peut-être de la question de la transition écologique, mais parfois ces nouveaux enjeux vont revivifier des tensions anciennes, comme celles liées à la question du genre, à l’éducation sexuelle ou à la question des migrations. A une pluralité des mondes convictionnels, correspond une pluralité des conceptions de la "neutralité" de l'Etat. Leur coexistence stabilise la singularité belge.
Christians, L.-L. (2025). Les enseignements du modèle belge de gestion du religieux : une méta-pluralité. Revue des deux cités. Société, droit, politique et religion, 2024(13), 121-133. https://hdl.handle.net/2078.5/245890 (Original work published 2025)