Le Psautier offre de nombreux échos d’un combat contre toutes les formes de mal qui menacent le projet de Dieu en même temps que la vie des fidèles. Quand le mal semble triompher, ces derniers adressent à Dieu leurs supplications pour qu’il les délivre de la mort ; quand Dieu les sauve, la louange et l’action de grâce peuvent éclater dans un chant de vie renouvelée. Dans ce contexte, il n’est pas rare que les supplications des psalmistes prennent des accents passionnés voire violents, reflet souvent de l’écrasement qu’ils subissent de la part des malfaisants. Certains de ces psaumes sont particulièrement durs. Ils donnent de Dieu l’image d’un être intolérant, vindicatif et violent ; on y voit suinter le ressentiment et l’animosité, ou encore le désir de vengeance ; ils invitent à se réjouir de la défaite infligée à d’autres humains. Leur lecture provoque un choc frontal avec ce que l’on attend spontanément d’une religion : qu’elle soit facteur de paix et de concorde entre les humains. Ces psaumes entrent même en contradiction avec la morale la plus élémentaire. Surtout, ils mettent en jeu une vision de Dieu qu’une grande majorité de croyants réprouve à juste titre. Aussi, à l’époque de Vatican II, le pape Paul VI décida, contre l’avis d’une grande partie des Pères conciliaires, que ces psaumes ou parties de psaumes aux accents violents ne seraient pas repris dans la prière de l’Église. L’hypothèse de ce livre est qu’une telle censure n’est guère opportune. Mais s’il faut garder ces psaumes, qu’en faire ? Et s’il faut les lire, voire les prier, dans quel esprit le faire ? Voilà les questions que le livre tente d’éclairer à travers la lecture de psaumes où la violence s’exprime sans ménagement. Il tente de saisir leur cohérence interne et, à partir de là, de cerner au mieux les traits du « psalmiste » qui prie de la sorte. Une étude littéraire permet de préciser ses traits : sa façon de voir la situation et les autres personnages qui y sont impliqués, sa manière de se percevoir lui-même dans sa souffrance ou son impuissance, le type de relation qu’il entretient avec Dieu, ce qu’il redoute, ce qu’il attend, etc. Ces poèmes apparaissent alors comme des fenêtres ouvertes sur le monde accablé par le mal, sur l’être humain qui s’y trouve plongé dans la souffrance, sur la foi en un Dieu qui, parce qu’il est vie et liberté, ne peut souffrir que le mal l’emporte. Trois chapitres sont consacrés aux psaumes bannis de la liturgie : les Ps 58, 83 et 109. Un 4e chapitre parcourt plus brièvement quelques psaumes auxquels la censure a infligé des coupes significatives (35, 69 et 59). Le 5e et dernier chapitre montre qu’amputer un psaume d’une partie significative revient à composer une autre prière qui, plutôt que de confronter le lecteur à la prière de l’Israël biblique, reflète seulement la spiritualité – et donc l’image de Dieu – de qui la recompose, pour ainsi dire par soustraction.