Le quotidien mis à l’œuvre par Eugène Savitzkaya : l’itération comme projet d’appréhension du réel

(2013) Le quotidien à l’oeuvre — Location: Université Jules Verne Picardie - Maison de la Culture d’Amiens - Centre de recherche en arts et esthétique (2.May.2013)

Files

Lequotidienàloeuvre.ppt
  • Restricted Access
  • Microsoft Powerpoint
  • 496 KB

Details

Authors
Abstract
Épluchage des pommes, entretien du compost et réparation des vêtements, telles sont, entre autres, les tâches célébrées et disséquées par le narrateur-écrivain-jardinier d’En vie (1994) et de Fou trop poli (2005). Si le quotidien constitue la matière thématique de la plupart des textes publiés par Eugène Savitzkaya, il est aussi intimement lié à l’écriture même : « Il me faudrait deux paires de mains. L’une pour les travaux domestiques, l’autre pour les gestes d’écriture. […] les deux types de travaux paraissent nécessaires et peut-être indissociables comme allumer du feu dans le poêle et vider le poêle des cendres qui l’encombrent. Les mêmes mains accomplissent toutes les tâches. Elles scient et transportent le bois, allument le feu dans le poêle et, profitant de la chaleur de la pièce, elles manipulent les papiers. » L’écriture et les tâches ménagères permettent au narrateur de se rapprocher du réel, de « dissoudre [en nettoyant les vitres] la membrane qui toujours [le] séparera du soleil » mais aussi de prendre ses distances par rapport à un environnement souvent empreint d’inquiétante étrangeté, voire générateur d’angoisse. La fusion avec l’environnement coutumier n’est pas seulement un idéal impossible, elle s’avère dangereuse, tour à tour enchanteresse et monstrueuse. Par ailleurs, les textes de Savitzkaya sont façonnés par l’itération qui tout à la fois mime le cycle des jours et configure le récit en la description d’un quotidien pérenne et quasi originel. La représentation du chez-soi est constamment tiraillée entre une répétition des motifs visant à un ordonnancement extrême et un entassement des termes qui traduit et crée le chaos. Nous souhaiterions analyser cette tension entre examen minutieux de l’ordinaire et mise en scène du chaos dans La folie originelle (1991), En vie et Fou trop poli à l’aide des discours mathématiques relatifs aux fractales. Nous espérons de la sorte montrer que loin de seulement signifier un repli sur le non-événement et la répétition du même, le quotidien mis à l’oeuvre dans ces textes débouche sur un projet esthétique qui partage certaines caractéristiques – échelle arbitrairement petite, itération, auto-similarité – avec les théories du chaos et qui vise à un mode particulier d’appréhension du réel.
Affiliations

Citations

Delcour, M. (2013). Le quotidien mis à l’œuvre par Eugène Savitzkaya : l’itération comme projet d’appréhension du réel. Le quotidien à l’oeuvre, Université Jules Verne Picardie - Maison de la Culture d’Amiens - Centre de recherche en arts et esthétique. https://hdl.handle.net/2078.5/85306