Cette étude tente une mise en perspective globale de la dimension éthique de l'expérience, structurée par deux axes. D'abord, dans un sens beaucoup plus aristotélicien que kantien, en élargissant le champ éthique, bien au-delà du devoir moral s'imposant à la subjectivité, à la dimension de la "vie bonne" - de l'existence engagée dans une dynamique de "qualité". Cet engagement a priori dans un registre de sens - la "qualité", ou le "bon" - est irréductible à toute approche seulement factuelle, positiviste, de l'expérience humaine. Ensuite, on distingue dans cette dynamique des polarités différenciées. la première, ici nommée "habitat", est celle où l'existence se découvrir engagée dans et envers un "monde naturel" auquel elle appartient; la seconde, nommée "crise", est la distanciation structurante vis-à-vis de toute situation et de toute apparence,qui fait la libre subjectivité humaine: la troisième, nommée "cité", est celle de l'institution toujours-déjà commencée d'un vivre-ensemble qui va de la rencontre inter-personnelle à l'espace proprement politique. Nature, liberté, pluralité : ces trois polarité dessinent un champ où de multiples figures sont possibles, selon le poids que l'on accorde à chacun des pôles, et selon l'ordre dans lequel on les articule. L'éthique ainsi entendue est foncièrement plurielle, donc problématique, parfois jusqu'au conflit tragique entre les pôles qui la structurent.
de Stexhe, G. (1994). L’habitat, la crise, la cité: polarités de l’ éthique. In H. Ackermans, dir., e. a. (ed.), Variations sur l’éthique. Hommage à Jacques Dabin (Editions des facultés universitaires saint Louis, p. p. 89 - 124). https://doi.org/10.4000/books.pusl.17682