Quand les Etats pensaient la mondialisation ?

(2016) Outre-Terre - revue française de géopolitique — Vol. 2016/1, n° 46, p. 21-23 (2016)

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Les cinquante dernières années ont vu la libéralisation croissante des mouvements de capitaux qui avaient été entravés par les États entre la Première Guerre mondiale et les années 1950. Ce phénomène a engendré l’internationalisation des processus de production et une dérégulation financière plus importante. Au fur et à mesure que les coûts de transport comme des télécommunications baissaient (supercontainers, digitalisation des télécoms, Internet) et que les pays en développement s’ouvraient aux investissements directs étrangers (IDE) de manière volontaire (comme Singapour dans les années 1960 ou l’Irlande dans les années 1980) ou contraints par des crises financières (comme le Mexique après la crise de la dette des années 1980), les firmes multinationales des pays les plus avancés ont délocalisé des activités de production intensives en main-d’oeuvre et polluantes vers plusieurs parties du monde. Les banques et les entreprises de services, notamment les utilities ou les télécoms, ont approfondi leur internationalisation en pénétrant des économies qui limitaient jusqu’alors leur ouverture aux IDE et aux flux financiers. Ces évolutions complexes qu’on a dénommé de manière simplifiée « la mondialisation de l’économie » (alors que cette mondialisation était déjà bien présente avant 1914 sur le plan des IDE et de la finance) se sont accélérées au cours des années 1980 avec l’effondrement de l’URSS et de ses États satellites, l’ouverture commerciale de la Chine et la crise de la dette. C’est l’époque du Consensus de Washington (1989), apogée de la pensée néolibérale en faveur du retrait de l’État dans l’économie. L’accélération de l’internationalisation des processus de production depuis les années 1990 a créé des réseaux internationaux de production qui s’étendent des pays les plus développés du centre de l’économie mondiale vers les pays de la semi-périphérie. Ces derniers ont vu leurs exportations de biens manufacturés (Asie orientale, Mexique ou encore Turquie) et de services (Inde ou Singapour) croître de manière fulgurante au point d’être qualifiés d’économies émergentes. Mais d’autres pays, notamment la presque totalité de l’Afrique, des parties du Moyen-Orient, de l’Amérique latine et de l’Asie centrale sont restés en dehors de ces réseaux, dans un statut périphérique marqué par l’absence de décollage industriel. Face à la mondialisation de l’économie, contrairement aux lubies ultralibérales des théoriciens économiques des New Classicals et autres Chicago boys, certains États furent tout sauf passifs. Lorsque certaines conditions géographiques, géopolitiques et sociales étaient réalisées, cet interventionnisme se révéla beaucoup plus efficace que le laissez-faire du Consensus de Washington préconisé par certaines instances multilatérales (Fonds Monétaire International, Banque mondiale, Organisation mondiale du commerce)et les gouvernements des pays les plus avancés.
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Citations

Defraigne, J.-C. (2016). Quand les Etats pensaient la mondialisation ? Outre-Terre - revue française de géopolitique, 2016/1(46), 21-23. https://hdl.handle.net/2078.5/183566 (Original work published 2016)