Au Collège de France, à la conférence organisée en hommage à Pierre Bourdieu en 2003, un an après le décès de celui-ci, Ian Hacking fait une remarque qui a attiré mon attention, remarque qui est le point de départ de la réflexion que je vous présente ici: « Bourdieu nous a rappelé assez souvent qu’il était philosophe de formation mais sociologue par choix. Il a renoncé à l’option d’être un hybride de bon ton, sociologue-philosophe. Reste que son premier amour philosophique - c’est ce qu’il m’a confié un jour - fut Leibniz, c’est-à-dire un hyperrationaliste, l’expert mondial sur la raison. » (Hacking 2004, 147) La mention de Leibniz est étonnante. On l’associe plutôt à d’autres sociologues et philosophes français tels Bruno Latour ou Gilles Deleuze pour n’en citer que deux qui se réfèrent explicitement à Leibniz et qui, de plus, s’opposent aux travaux de Bourdieu. Mais, a posteriori, le lien à Leibniz apparaît vite comme une évidence. On n’y aurait jamais pensé mais lorsqu’on le sait, on le reconnaît aisément: en effet, il y a du Leibniz dans Bourdieu. (…)
Zitouni, B. (2014). Petites perceptions et trajets de classe: le rapport de Bourdieu à Leibniz. In Jean-Pierre Delchambre (ed.), Le sociologue comme médiateur? Accords, désaccords et malentendus (p. p. 309-317). https://hdl.handle.net/2078.5/193823