(fr) L’étude de la variation de la prononciation contribue à la compréhension scientifique du fonctionnement du langage et du changement linguistique. Plus précisément, l’approche sociolinguistique permet de saisir les relations entre les facteurs linguistiques et les facteurs sociaux dans l’usage effectif de la parole à des fins d’expressivité, de différenciation ou de catégorisation. Les travaux réalisés sur les variétés périphériques du français ont permis de faire avancer la compréhension des forces de changement à l’œuvre dans cette langue et de mettre en évidence la relation qu’entretiennent les locuteurs francophones avec le français standard. Notre thèse s’inscrit dans ce cadre en proposant une réflexion sur les difficultés et les défis théoriques et méthodologiques posés par l’étude de la variation prosodique et des variétés régionales. Cette thèse développe donc autant une analyse perceptive et acoustique de la prosodie de quelques variétés de français en Belgique qu’une réflexion sur l’étude de la variation prosodique en général et des variations régionales du français en particulier. Au cours de cette thèse, les questions suivantes sont ainsi abordées : comment définir les variétés (régionales notamment) ? Comment délimiter des domaines d’analyse en prosodie ? Quels sont les phénomènes et les paramètres prosodiques saillants en français de Belgique ? Quelles mesures acoustiques sont pertinentes pour la caractérisation prosodique de variétés de français en Belgique ? Pour répondre à ces questions, notre thèse poursuit un double objectif. Premièrement, il s’agit d’étudier la variation prosodique régionale du français en Belgique, à partir de quatre variétés représentatives de zones régionales distinctes (Bruxelles, Gembloux, Liège, Tournai). Étant donné que certains locuteurs pratiquent, en situation formelle, un ‘français standard belge’, la comparaison entre variétés est complétée par une comparaison avec les pratiques perçues comme standardisées, afin de donner une image précise de la variation régionale du français en Belgique. Deuxièmement, cette thèse vise à expliquer quels facteurs prosodiques (durée, fréquence fondamentale, intensité, qualité vocale) sont responsables de la perception de l’accent. Cette thèse a donc un caractère fondamental puisqu’aucun modèle actuel de la prosodie ne peut prédire quelles mesures acoustiques sont pertinentes pour expliquer les différences perçues entre variétés de français. Notre thèse vise donc à faire avancer la compréhension du lien entre phénomènes acoustiques et perception auditive des accents, tout en relevant le défi de la catégorisation des données en vue de leur comparabilité. Il en résulte une avancée dans la modélisation du système prosodique du français et dans le développement d’outils d’analyse de la prosodie.