Au paragraphe deux de L'intention, Elizabeth Anscombe défend, à l'encontre de Wittgenstein (Recherches Philosophiques, §647, 234) la thèse suivante : bien qu'on puisse parler d'une expression naturelle des émotions, on ne peut parler d'une expression naturelle des intentions ; les expressions d'intentions sont toujours conventionnelles. Elle ajoute à cela que les bêtes peuvent avoir des intentions mais qu'on ne peut dire qu'elles expriment des intentions. Cette remarque met en jeu plusieurs distinctions. D'abord, on peut distinguer les notions de « naturel » et de « conventionnel » et noter l'idée selon laquelle l'expression d'une intention serait nécessairement conventionnelle. Ensuite, on peut différencier « (l'expression d')une intention » de « (l'expression d')une émotion ». Enfin, une troisième distinction cruciale sépare le fait d'avoir une intention de celui d'exprimer une intention. L'objectif de cet article est de clarifier l'enjeu de ce passage de L'intention et de comprendre pourquoi Anscombe éprouve le besoin d'insister sur cette idée selon laquelle Wittgenstein a tort de parler de « l'expression naturelle d'une intention ». Ceci afin de montrer que cette remarque passagère n'a rien de trivial et s'inscrit vraisemblablement de façon très cohérente dans l'approche générale de son auteur concernant les intentions et l'action intentionnelle. Ainsi, si l'on s'accorde avec les conceptions d'Anscombe, il serait cohérent d'adhérer également à la thèse selon laquelle il n'y a pas d'expression naturelle des intentions, au sens du moins où il en est question ici.
Aucouturier, V. (2011). L’expression naturelle des intentions: un débat entre Anscombe et Wittgenstein? Cahiers de Philosophie du Langage, 7(Wittgenstein en confrontation), 25-42. https://hdl.handle.net/2078.5/185570 (Original work published 2011)