Avec son roman Les Bienveillantes, l’écrivain franco-américain Jonathan Littell pose implicitement la dicibilité de l’expérience concentrationnaire, et de manière plus générale de la guerre et de son cortège d’exactions atroces. Mais il n’évacue pas pour autant la question des pouvoirs du roman, de l’écriture, de la fiction… de la parole et de l’imagination. Peut-on espérer que la civilisation occidentale parviendra à conjurer ses démons par la voie d’une simple fiction ? Peut-on imaginer, avec Jonathan Littell, et comme dans Eschyle, qu’un acte de parole suffira à transformer les filles de la nuit, déesses du remords, en divinités bienveillantes ? Cet article cherche à apporter une réponse possible à ces questionnements en explorant les zones d’ombre du roman labyrinthique de Littell.
Odaert, O. (2010). Le jeu de la mort et du hasard : “Les Bienveillantes” de Jonathan Littell. Interférences littéraires, 4, 87-100. https://hdl.handle.net/2078.5/36468 (Original work published 2010)