Le barrage de Ziga et l'invention d’une paysannerie sans terre au Burkina Faso

Zangre Konseiga, Kiss-Wend-Sida Romaine
(2020)

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  • Zangre Konseiga, Kiss-Wend-Sida RomaineUCLouvain
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Laurent, Pierre-Joseph
Abstract
(fr) La construction du barrage de Ziga pour l’approvisionnement en eau potable de la ville de Ouagadougou a entraîné un bouleversement dans le mode de vie d’une grande partie de la population riveraine. Cette population, paysanne, a tout perdu: les bas-fonds, les terres de culture et d’habitation des patrimoines lignagers et familiers, les liens chtoniens avec ses autels de terre, tous irrémédiablement immergés par la mise en eau du barrage en 2000. Ayant été déplacés et déracinés des terres de leurs ancêtres pour être réinstallés ailleurs, ces paysans perdent leur statut foncier et leur identité. Ils deviennent « étrangers » malgré le peu de distance parcourue et l’appartenance aux mêmes référentiels culturels et linguistiques. Ils se retrouvent en situation d’insécurité foncière, dépendants et vulnérables vis-vis de leurs hôtes. « Étrangers utiles » ou « déplacés encombrants », ils ont été utilisés au gré des négociations et des ruses des différents acteurs ou par certains chefs coutumiers, pour faire de la « territorialisation ». La particularité du cas de Ziga tient à la valeur foncière ajoutée par la retenue d’eau qui rend les terres très convoitées et qui les font entrer dans un processus d’accaparement par des investisseurs privés nationaux. Ce phénomène est accentué par le désir d’enrichissement de certains jeunes paysans impulsés par la dynamique capitaliste qui transforment la terre en un bien marchand, en la vendant aux plus offrants et entraînant ainsi, l’émergence d’un marché foncier. Ce marché conduit à l’effondrement d’un mode de vie, marqué par l’invention de nouveaux pauvres que constituent « les paysans sans terre », un phénomène n’existant pas dans cette partie du Burkina Faso. Par ailleurs, la position périurbaine de la zone rurale de Ziga qui se trouve dans l’orbite du projet d’agrandissement de la ville de Ouagadougou, le futur « grand Ouaga » exacerbe ainsi toutes les formes de spéculation foncière qui participent directement à la création d’une paysannerie sans terre. La présente thèse met en lumière le processus d’accumulation et de privatisation des patrimoines fonciers des lignages de Ziga par des acteurs allogènes, depuis la construction du barrage. Elle décrit les mutations profondes de cette société moaga, induites par les dépossessions de terres et le développement rapide de la vente de terres patrimoniales qui conduisent à l’invention de « paysans sans terre ».
Affiliations

Citations

Zangre Konseiga, K.-W.-S. R. (2020). Le barrage de Ziga et l’invention d’une paysannerie sans terre au Burkina Faso. https://hdl.handle.net/2078.5/114877