Cet article vise à montrer que Michel Henry opère un important déplacement dans le champ de l’éthique. Si la plupart des éthiciens souscrivent à la dynamique du « perfectionnement moral », M. Henry ne reprend pas à son propre compte cette visée. Lorsqu’il s’agit de dessiner l’horizon de transformation de l’être humain, Henry se veut radical. La nature de l’homme étant marquée par un mal, dont la portée est ontologique, ce n’est pas son amélioration, degré par degré, qu’il faut viser, mais sa transformation complète. Au vieux paradigme mélioriste de l’éthique, Henry substitue la logique de la « seconde naissance ». Cette dynamique nouvelle consiste à accomplir un saut, prenant la forme d’un reniement de l’amélioration morale de soi, et d’une dépossession de soi, pour faire retour à ce qui est plus originaire que soi. Désormais, il ne s’agit plus, pour l’individu, de se rendre progressivement meilleur, tâche condamnée à un « mauvais infini », mais de redécouvrir à l’intérieur de lui-même une dimension d’Absolu, qui le dépasse et le précède infiniment. Il convient de reconnaître l’importance d’une pareille rupture avec l’ensemble des lois qui règlent ordinairement le comportement des êtres humains. Il convient aussi de montrer comment la « méthode d’immanence » de Michel Henry invite à repenser le cheminement intérieur du sujet moral qui renoue avec l’Absolu, et s’engage sur la voie de la réglementation de soi par soi.
Bertot, C. (2024). Seconde naissance. Le nouvel horizon de l’éthique chez Michel Henry. In Jean Leclercq et Yoann Malinge (ed.), Michel Henry. Une philosophie radicale et clandestine (Presses universitaires de Louvain, p. p. P.103-124). PUL. https://hdl.handle.net/2078.5/26559