Selon que l’on se situe dans l’horizon de la théorie sociale du don ou dans celui d’une métaphysique de la donation, les présupposés épistémologiques et les enjeux philosophiques semblent de prime abord incommensurables. Tout se passe alors comme si la signification du don pour la conscience naturelle devait être dissociée de sa signification radicale du point de vue d’une conscience spéculative érigeant la donation en catégorie apriorique de son mode d’existence dans l’être. De cette dissociation devrait même résulter une forme de préséance dans l’ordre des significations : la signification première du don comme donation devant amener à reconsidérer la signification seconde du don dans les affaires humaines, selon le rapport de l’archétype et de la copie. Cette conception extensive de la philosophie première, qui lui donne la force normative d’une éthique radicale de la vie selon la raison, mobilise à la fois une faculté de transformation des contenus d’expérience de la conscience et une certaine conception axiologique de cette opération elle-même.
Maesschalck, M. (2004). Sens et limites d’une philosophie du don : Entre théorie sociale et phénoménologie radicale. In Marco M. Olivetti (dir.) (ed.), Le don et la dette. CEDAM. https://hdl.handle.net/2078.5/157061