Sensibles à la souffrance de la femme qui « tombe enceinte » et à sa détresse face à une grossesse impossible, c’est les mains ouvertes et vides, que nous avons voulu la rencontrer dans son vécu existentiel. Cette rencontre se fit en deux temps : d’abord pour une première approches, à l’hôpital, le jour de l’I.V.G., ensuite au centre de planning où nous avons accompagné des couples se présentant ensemble au cours de leur cheminement vers une décision. <BR> Nous avons enfin voulu rencontrer les hommes seuls, ce qui a mis en évidence les malentendus, qui habitent les relations entre les hommes et les femmes. Résistant à la suggestion de partir d’un questionnaire pour guider notre recherche, nous nous sommes embarqués dans une interview ouverte et le plus libre possible. C’était, nous semblait-il, la meilleure manière d’aller à la rencontre de chaque femme dans son vécu actuel et du parcours qui l’a amenée ç cette décision d’interrompre sa grossesse. <BR> Le travail d’élaboration a consisté après coup, à montrer la complexité de chaque situation dans sa singularité. Pour ce faire, nous avons mis en scène les vignettes cliniques enregistrées et nous les avons présentées sous leur abord phénoménologique. Nous avons pu, de cette manière, décrire les sentiments exprimés dans l’émotion du moment, l’histoire conflictuelle du couple, le débat intérieur ayant mené à une décision dure à prendre dans l’urgence d’une situation de crise. Mais c’est aussi grâce à une relation de confiance et de transparence que nous avons pu aller au-delà et aborder ce qui touche au plus intime de leur vie : l’identité sexuelle, le malentendu de la relation des hommes et des femmes concernés, la vie et la mort… Dans notre désir de rencontres créatrices de sens, il s’agissait pour nous d’aller à la recherche du désir de la femme. L’observatrice ne pouvait qu’être prise dans sa position d’écoute et dans l’énonciation du sujet qui se livre à elle dans un moment de souffrance intense. L’enjeu des origines de la vie est aussi prégnant pour l’écoutant que pour la femme concernée. <BR> Ce lieu relationnel où se noue l’imaginaire de la femme qui retrouve ses propres origines et son histoire unique, dans un moment d’angoisse face à un enfant rêvé mais impossible à rendre heureux à ses yeux, ce lieu où son identité se confond avec celle de ce petit être qui fit ainsi intrusion dans sa vie, cet « autre lieu » où la mère archaïque, le roc maternel que nous représentions pour elle comme une bouée dans une mer agitée, ou comme l’écho de sa recherche d’identité, ce lieu est très difficilement objectivable. C’est au cœur de cette dimension que se joue la rencontre créatrice. <BR> Le désir à été première et principale catégorie conceptuelle remise en question et son ambivalence, intrinsèquement présente ou cœur de tous non sentiments, nous est apparue dans sa richesse créatrice dans la mesure où quelle que soit la situation vécue, nous continuions à croire que l’amour est plus fort que la haine, que la vie peut triompher de la mort. <BR> Quelles est cette éthique du désir qui nous permet de sortir le plus possible d’une écoute surmoïque, moralisante, pour aller au devant de la détresse et le douleur indicible liée à la mort ? Et si c’était tout simplement l’écoute avec notre cœur ? « On ne voit bien qu’avec le cœur » dit le renard … « l’essentiel est invisible pour les yeux. ». Avec Bernard, le personnage du psychologue de notre film dont le scénario figure en annexe de cette thèse, nous tenons à insister sur le mystère, l’inconnaissable de ces rencontres et des paroles qui nous échappent dans une écoute « no contrôlée ». Autrement dit, c’est dans cette attention flottante, no directive ni normative que nous avons essayé de naviguer. Cette attitude n’aurait pu être tenue sans l’expérience de pareille rencontre au cours de notre formation à la psychanalyse. Que le lecteur n’attende donc de cette recherche toute qualitative aucune élaboration sinon celle qui sort de l’écoute attentive d’un parcours particulier, unique, singulier, original et surprenant avec les personnes rencontrées … et qui nous émerveille après coup. <BR> Nous nous situons dans une rencontre intersubjective et ne pouvons proposer aucune catégorisation, généralisation, ni vérification qui pourraient aboutir à des programmes de prévention ciblés. Ce lien, qui dans la cure se nomme transfert, n’est réductible à aucun modèle conceptuel. Il es de l’ordre du « spirituel » que ce soit le « mot d’esprit » cher à S. Freud, ou le lien amoureux, en n’oubliant pas que l’énamoration peut aussi s’écrire hain-amoration. Mais ce qui le soutient, ce souffle divin ; c’est ce que nous appelons «l’amour », avec ce que ce mot peut avoir de profondément subjectif, tout en exprimant en même temps une décision. <BR> Nous tenons à répéter que cette recherche n’aurait pu être réalisée par l’inconscient humain que nous représentons, pour reprendre la citation de F. Dolto, sans l’accompagnement de tant de rencontres créatrices. <BR> S’il s’agit bien d’une recherche clinique concernant l’accueil de la femme en détresse face à une grossesse problématique, ce travail reste pour nous « l’enfant d désir », avec toute l’ambiguïté et la richesse que ce titre comporte
Affiliations
UCLouvainMD/NOPS/PSME - Unité de psychologie médicale
Citations
APA
Chicago
FWB
Fourez, M.-T. (2001). L’accueil de la femme en détresse face à une grossesse problématique. https://hdl.handle.net/2078.5/110994