En philosophie, Cicéron penche volontiers dans la direction du Portique, qui blâme et bannit absolument les passions. Mais l'orateur sait que l'efficace de son discours passe par l'appel aux passions des auditeurs, sous peine de compromettre la réussite de sa plaidoierie. Faut-il donc céder au mal parce qu'un bien supérieur le réclame? Ne doit-on pas dire plutôt que le mal n'en est pas un, lorsque l'omission d'un acte moralement contestable en soi serait nécessairement la cause d'un mal plus grand? L'appel aux passions, selon la perspective de l'orateur, sera donc un moindre mal ou le bien kata peristasin que réclame, précisément, la circonstance où se troive le plaideur, et ce, pour contrer les efforts des "partisans du mensonge", que n'embarrassent guère les scrupules moraux des boni.
Mercier, S. (2012). Ressentir pour faire sentir ? L’ambivalence du discours cicéronien sur les passions. Interstudia, 12, 28-35. https://hdl.handle.net/2078.5/46343 (Original work published 2012)