Les récits qui ouvrent le livre de la Genèse sont souvent pris comme référence d'une anthropologie chrétienne concernant les rapports humain/nature et homme/femme. Il importe de les relire avec attention pour prendre conscience des représentations que l'on tend à projeter sur le texte. Une lecture précise fait ressortir des aspects généralement ignorés mais riches d'enseignements. De l'enquête, il ressort que l'anthropologie chrétienne sous-exploite la complexité du texte dont elle retient ce qui est susceptible de conforter une position que ne vient plus questionner le texte lui-même. C’est que l’on a tendance à confondre récit et théologie. Isoler un élément de récit en faisant fi de sa fonction narrative et du point de vue selon lequel il est raconté, n’est-ce pas faire violence au texte ? Honorer la forme narrative de ces pages, c’est au contraire accepter de reconsidérer les éléments que la théologie privilégie et donc d’en relativiser la portée. Sur la base de la Genèse, peut-on considérer les différences humain/nature et homme/femme comme fondatrices et indépassables ? Force est de constater en tout cas que la question de ces différences n’est pas la pointe de ces récits. Au contraire, elles y sont relativisées car mises en perspective d’un devenir qui requiert des humains une prise de responsabilité existentielle et éthique vis-à-vis d’eux-mêmes et d’autrui, vis-à-vis des autres vivants et de la création confiée à leurs soins.
Wénin, A. (2014). Homme et femme en Genèse. Des différences fondatrices? Etudes : revue de culture contemporaine, 158(4207), 63-72. https://hdl.handle.net/2078.5/198121 (Original work published 2014)