Entré dans le dictionnaire au mieux qu'en 1997, le mot "communautarisme" fait partie de ces néologismes qui témoignent et incarnent les changements d'une époque. En l'occurrence, non pas tant des changements de réalité factuelle, car à proprement parler « il n’y a pas de communautarisme, il n’y en a jamais eu ». Le discours du "communautarisme" entretient le même rapport à la réalité que le discours de la « guerre des races » – dont il est un avatar contemporain, à l’ère des identités : il projette sur le réel une logique de peur et un sentiment de menace sur l’ordre social, qui produit des effets sur la réalité mais ne nous aide en rien à comprendre ce qui nous arrive. Si donc ce mot témoigne d'un changement, c'est en matière de lunettes sociales, de filtre à travers lesquels l'on veut regarder la situation française. À partir des résultats d’une enquête retraçant la genèse des discours politiques et médiatiques sur le "communautarisme", ce chapitre montre comment ce discours a fini par disposer la scène politique en terrain militaire, au nom de la défense d'une mythologique « identité nationale ». De la rhétorique sur la « menace sur la Nation » à la « guerre au terrorisme », le terme "communautarisme" aura servi de passeur à une stratégie de militarisation de l’ordre social, qui s’est concrétisée en à peine une trentaine d’années.
Affiliations
IACCHOSGIRSEF
Citations
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Chicago
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Dhume, F. (2017). Le discours du “communautarisme”, une logique de la guerre identitaire. In De Cock, Laurence & Meyran, Régis (ed.), Paniques identitaires. Identité(s) et idéologie(s) au prisme des sciences sociales, (pp. 85-101). https://hdl.handle.net/2078.5/100882